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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/146

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Rothmann et Roll déclamaient avec plus d’audace que jamais contre le baptême des enfans. La confession d’Augsbourg n’existait plus pour eux; mais le traité du 14 février subsistait, il demeurait le seul rempart derrière lequel pussent encore s’abriter les conservateurs. L’ex-chapelain de Saint-Maurice comprenait que sa résistance pourrait s’y briser, et il s’efforçait d’amuser ses adversaires par des déclarations de principes ambiguës en contradiction avec ses propres discours. Il demandait qu’une conférence publique fût instituée où l’on discuterait les questions théologiques qui divisaient les protestans de Münster, moyen que repoussait le sénat, convaincu qu’il était que Rothmann ne s’avouerait jamais battu. Celui-ci continuait en même temps d’agir sur les hommes des gildes, dont il était encore l’oracle; il s’appuyait à l’hôtel de ville sur les amis qu’il y avait fait entrer, sur les alliances avec des familles influentes que lui avait créées son récent mariage avec la veuve d’un ancien syndic, femme au reste fort décriée, que le bruit public accusait d’avoir empoisonné son premier mari. Enfin, mettant tout à profit, Rothmann poursuivait sans relâche, dans la constitution ecclésiastique qu’il avait naguère fait adopter, des changemens conformes à ses nouvelles idées et qui en dénaturaient complètement l’esprit, exerçant une véritable dictature et paralysant l’action déjà affaiblie du gouvernement municipal. Au milieu de cette anarchie, la terreur qui avait régné dans la ville peu avant le traité du 14 février recommençait. Ces bandes de gens sans aveu qu’on appelait les mangeurs de soupe avaient reparu. Les artisans, excités par des prédications furibondes, étaient tout prêts à courir aux armes. Il n’y avait plus de sécurité pour tout ce qui était modéré et respectable; les luthériens tremblaient presque autant pour leur vie que les catholiques. Telle était la situation de Münster quand un prêtre de la cathédrale, indigné du triomphe de l’hérésie, osa monter en chaire et lancer contre les novateurs d’imprudens anathèmes. Van der Wieck saisit cette occasion pour frapper les deux partis extrêmes prêts à se déchirer. Le sénat, à son instigation, déclara ne vouloir souffrir aucune violence, de quelque côté qu’elle vînt. Il commença donc par expulser le téméraire prédicateur de la cathédrale, puis le 2 novembre, Rothmann ayant renouvelé avec plus d’insolence que jamais ses invectives contre la doctrine évangélique, il lui fit signifier de ne plus prêcher, et l’on ferma les églises. L’imminence du danger avait en ce moment rendu le courage aux conservateurs. Le sénat convoqua les anciens et les maîtres des gildes à l’hôtel de ville. On leur exposa la nécessité de mettre un terme à l’état de trouble qu’avaient amené les prédications. La réunion fut tumultueuse, et l’on ne par-