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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/145

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d’hérésies, et la plupart des colporteurs des idées les plus hardies, Vinne, Klopriss, Roll, d’autres encore, quittèrent le pays, et gagnèrent Münster, qui leur offrait, à peu de distance, la liberté qu’ils ne trouvaient plus sous la protection du drossart. Le sénat et les pasteurs de Münster, qui connaissaient mal leurs opinions, les accueillirent avec empressement. L’église luthérienne manquait de ministres; on comptait utiliser leur zèle; Rothmann, qui avait avec leur manière de voir plus d’une affinité, trouva dans ces étrangers un précieux renfort, et favorisa leurs prédications. Le succès en fut rapide ; le peuple recevait avidement une parole dont les promesses exaltaient son imagination et flattaient ses instincts de révolte. L’ex-chapelain de Saint-Maurice en subit lui-même l’influence, et adopta peu à peu toutes les opinions des émigrés wassenbergeois. D’autres pasteurs furent entraînés comme lui sur une pente qui conduisait droit à l’anabaptisme. Dès lors l’église protestante de Münster ne se pénétra point seulement du zwinglisme; un radicalisme bien autrement avancé s’y infiltra. Rothmann se serait peut-être arrêté dans la voie où son alliance avec les téméraires théologiens allait l’engager sans l’ambition qui le dominait; mais il comprenait que, s’il cherchait à retenir l’élan qui poussait le peuple vers la nouvelle prédication, il courait risque de perdre sa popularité. Déjà il redoutait dans l’un des prédicateurs arrivés de Wassenberg un rival. Ce rival, c’était Roll, dont l’éloquence, mélange singulier de violence et de mysticisme, remuait la multitude, et chez lequel se retrouvaient tous les talens et tout l’enthousiasme de Hoffmann. Rothmann ne voulut pas se laisser dépasser, et ses sermons respirèrent bientôt le même radicalisme que professaient les pasteurs wassenbergeois.

Le sénat somma plusieurs fois les prédicans de cesser leurs attaques contre le baptême des enfans et de renoncer à leurs paradoxes. Ceux-ci ne tenaient aucun compte des injonctions. Cinq d’entre eux adressèrent même au conseil urbain un mémoire où ils s’élevaient contre l’intrusion de l’autorité civile en des matières qui n’étaient du ressort que des ministres de Dieu; ils en appelaient, si l’on repoussait leur réclamation, à la décision de la réunion générale des fidèles. Le sénat passa outre, et, pour couper court à ces clameurs, ordonna la fermeture des églises; l’entrée en fut interdite aux prêcheurs récalcitrans. L’émotion populaire, déjà excitée par les pasteurs wassenbergeois, fut alors à son comble. Aussi, dans la crainte d’un soulèvement des gildes, le corps municipal revint-il bientôt sur la mesure extrême qu’il avait adoptée.

La révolution religieuse se précipitait. Münster entrait dans une voie qui conduisait à la dissolution de l’église récemment édifiée.