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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/140

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ligue prenaient avant tout la défense. L’évêque gardait sa haute suzeraineté sur Münster, grâce à la concession par lui faite de garantir dans la ville l’exercice du culte tel que le réglait la confession d’Augsbourg; mais les gildes, à l’intervention desquelles les évangéliques devaient la victoire, n’entendaient pas se remettre sous le joug d’un sénat qui avait été plutôt leur instrument que leur inspirateur. Unies à la petite bourgeoisie, elles étaient les maîtresses de la situation. Quand, quelques semaines après, fut arrivé le jour de procéder à l’élection annuelle des sénateurs, les suffrages ne se portèrent plus sur les noms qu’on s’était habitué à voir figurer sur la liste du conseil urbain. Les familles traditionnellement en possession du pouvoir, et qui pour la plupart restaient attachées au catholicisme, furent écartées. Vingt hommes nouveaux entrèrent dans le sénat; plusieurs n’étaient que de petits marchands ou de simples artisans. On n’avait pas consulté dans les choix la capacité; on ne tenait compte que des sentimens protestans. Le syndic élu, Jean van der Wieck, s’était acquis la reconnaissance du parti réformé par l’ardeur qu’il avait déployée pour soutenir l’indépendance religieuse de Münster lors des négociations avec l’évêque, par les efforts qu’il avait tentés pour conclure avec Brème, d’où il était originaire, et avec les états protestans une alliance ayant pour but d’assurer dans la cité westphalienne la liberté des évangéliques.

Un esprit nouveau allait donc présider à l’administration de Münster. La vieille aristocratie catholique était définitivement écartée, et les réformés disposaient de tout. Au lendemain de leur victoire, ceux-ci pouvaient paraître un parti homogène; mais l’union ne dura pas longtemps. Tandis que les uns voulaient s’en tenir à ce qui avait été arraché de l’évêque, d’autres étendaient bien plus loin leurs visées. La division se mit ainsi dans le camp des vainqueurs, et la révolution, un instant enrayée, reprit vite sa marche. Rothmann, qui avait conquis une position considérable dans la nouvelle église de Münster, inclinait vers les idées de Zwingli; déjà il l’avait laissé percer avant que le traité du 14 février eût installé légalement la réforme dans la ville. L’ex-chapelain de Saint-Maurice entretenait des relations amicales avec Capito et Schwenckfeld, qu’il avait naguère connus à Strasbourg. II était devenu en fait l’arbitre de la réforme dans Münster, et tout en matière religieuse s’y faisait par son initiative. Il en profita pour introduire graduellement dans le culte les pratiques des sacramentaires, trouvant des complices dans les autres prédicateurs réformés de la ville, qui partageaient ses tendances. Or la protection que la paix de Nuremberg accordait au luthéranisme en Allemagne ne s’étendait pas à la réforme de Zwingli, que les disciples zélés du grand docteur de Wit-