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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/132

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rivalité avec le Rathhaus (hôtel de ville), où siégeait cette assemblée, juge en dernier ressort des contestations élevées au sein des gildes.

Rothmann trouvait dans ces corps de métiers de précieux auxiliaires. Au lieu de s’éloigner, il alla établir sa demeure chez l’un de ses prosélytes, dans la maison commune d’une des gildes, celle des merciers. On eut beau le sommer de vider les lieux, il ne bougea pas. L’affaire fit grand bruit; la population ne tarda pas à se diviser en deux camps, l’un qui approuvait et l’autre qui condamnait cet acte d’insubordination. Les hommes des gildes se signalaient par leur ardeur à soutenir l’audacieux chapelain. L’esprit qui avait suscité la sédition de 1525 s’était tout à coup réveillé. A la tête des rothmannistes, on retrouvait la plupart de ceux qui six ans auparavant avaient été les instigateurs de l’émeute. L’un de ces meneurs, qui devait plus tard jouer un si grand rôle dans l’insurrection anabaptiste, était le drapier Knipperdollinck, depuis longtemps l’implacable ennemi de l’évêque et des moines, un de ces hommes chez lesquels une présomption téméraire s’allie à une ambition sans bornes. Peut-être le sénat, par une conduite résolue, eût-il pu triompher d’une opposition qui était alors plus bruyante que raisonnée; mais les quatre ou cinq partisans que le novateur avait dans cette assemblée réussirent à empêcher qu’elle agît : ils insistèrent sur la prudence qu’il fallait apporter dans une affaire qui risquait d’amener un soulèvement populaire, et, tandis qu’ils faisaient perdre du temps, Knipperdollinck et quelques autres agitateurs attisaient le feu de la révolte. Rothmann continuait à protester de l’orthodoxie de ses sentimens et offrait de faire examiner sa doctrine par des théologiens impartiaux, pressant en même temps Mélanchthon et Capito d’intéresser à sa cause les princes protestans. Le sénat, craignant de se briser contre tant d’obstacles, se contenta d’intimer au téméraire prêcheur la défense de remonter en chaire. Le chapitre de la cathédrale se montrait moins condescendant, et travaillait sans relâche près de l’évêque pour que l’ordre fût exécuté. Il ne parvenait cependant point à vaincre l’apathie du prélat, qui abandonnait aux chanoines la responsabilité de mesures dont les conséquences menaçaient d’être fort graves.

Les luthériens, voyant la tournure que prenaient les choses, affichèrent hautement leurs projets. Rothmann traitait avec le sénat comme une puissance, et lui écrivait pour lui déclarer que les bruits de sédition qu’on faisait courir étaient une invention des impies, l’effet d’une manœuvre contre lui, que le calme régnait au contraire dans les esprits; en même temps, il préparait une émeute pour le cas où l’on voudrait par la force le contraindre à quitter la