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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/127

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prouver la rupture complète que faisaient les frères avec le monde. On pouvait continuer, selon lui, d’obéir aux autorités établies et prêter un serment ; il concédait même le droit de prendre les armes. Au moment où Hofmann accomplissait cette nouvelle évolution religieuse, les anabaptistes de Strasbourg avaient perdu leurs principaux guides. Marbeck s’était vu expulser en 1531. Nul n’était parmi eux assez versé dans la théologie pour pouvoir combattre les changemens que le nouvel apôtre apportait dans leurs principes, et son éloquence les séduisit. La majorité l’accepta pour chef, un petit nombre persista dans la doctrine que leur avaient prêchée Reublin et Kautz. Les orthodoxes anabaptistes eurent ainsi le dessous, et la communauté strasbourgeoise se départit quelque peu de l’esprit séparatiste qui l’avait auparavant dominée. Les tempéramens apportés par Hofmann aux idées des anabaptistes zurichois profitèrent aux progrès de la secte. Grâce à l’activité dévorante et à la puissance de parole du nouvel apôtre, doué au plus haut degré du don de convaincre les masses populaires, les conversions[se multiplièrent, et il y eut un véritable réveil de l’enthousiasme qui avait poussé les premiers prosélytes de Grebel. Les écrits du prédicateur strasbourgeois étaient lus avidement, et, comme il ne passait point encore pour appartenir à la secte détestée des réformés, il jouissait, pour sa prédication, d’une liberté que l’on refusait à celle-ci. La hardiesse et l’imprudence de ses discours éveillèrent cependant à la fin l’attention du sénat, auquel il avait osé adresser une requête en des termes peu mesurés. On en agit à son égard comme on l’avait fait envers les autres prédicans anabaptistes. Un mandat de prise de corps ayant été lancé contre lui, il prit la fuite et se rendit dans les Pays-Bas, où il avait naguère résidé et dont il parlait avec facilité l’idiome. Il y répandit ses doctrines, qui trouvèrent grande faveur. Il se forma en Néerlande des communautés anabaptistes qui s’attachèrent exclusivement aux enseignemens de Hofmann, et que l’on désigna, du nom de baptême de celui-ci, par l’épithète de melchiorites. Je reparlerai plus tard de ces sectaires, auxquels un rôle important était réservé dans la crise religieuse qui se produisit en Westphalie. Après avoir exercé dans la Frise son apostolat, l’enthousiaste docteur rentra furtivement à Strasbourg vers les premiers jours de l’année 1533. Il apporta aux^frères qu’il y avait laissés des paroles d’encouragement et d’espérance, et reprit la direction de leur troupeau. Pour ne pas éveiller les soupçons de la police, il évita d’abord de se montrer en public ; puis, voyant qu’il avait échappé à l’attention du sénat, il s’enhardit graduellement, se mit à prêcher publiquement, et fit si bien qu’on l’arrêta. Bucer travaillait alors à constituer définitivement l’orthodoxie qu’il avait créée, et un synode était assemblé pour régler la