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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/961

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REVUE. — CHRONIQUE.

ordinaires de la vie. Il n’y a peut-être pas de branche des connaissances humaines où la théorie ait aussi souvent servi et devancé la pratique, et de ce bon accord entre savans et industriels sont sorties quantité d’inventions admirables qui ont transformé l’industrie depuis trente ou quarante ans. Nos usines en sont venues au point de ne presque plus avoir de matières de rebut ; c’est-à-dire qu’elles tirent parti de tout, condition indispensable d’une fabrication à bon marché.

Ces deux aspects de la science sont représentés par deux ouvrages nouveaux. Le Traité de chimie organique de M. Berthelot est purement théorique. Pendant longtemps, la chimie organique n’eut d’autre prétention que d’étudier les matières contenues dans les êtres vivans. Elle procédait par analyse et se croyait incapable de faire la synthèse. Puis survint un immense progrès auquel M. Berthelot a contribué plus que qui que ce soit. Ces substances que la vie semblait seule capable de produire, le chimiste a trouvé le moyen de les fabriquer dans son laboratoire en rapprochant sous de certaines conditions leurs parties constitutives. Les nouvelles méthodes synthétiques se sont montrées en même temps d’une fertilité prodigieuse. Avec quatre corps simples, le carbone, l’hydrogène, l’oxygène et l’azote, pris deux à deux, trois à trois, en proportions variables, associés à de petites quantités de soufre, de phosphore, on a créé une infinité d’êtres chimiques artificiels, la plupart inconnus dans la nature. M. Berthelot a rendu encore un grand service en introduisant dans son enseignement du Collège de France un principe simple de classification. Il partage les substances organiques en huit groupes, carbures d’hydrogène, alcools, acides, éthers, etc., caractérisés par leur composition et leurs propriétés générales.

M. Knapp, professeur à l’école polytechnique de Brunswick, se proposait un but bien différent. Il a voulu décrire avec science et méthode, mais en conservant toujours le caractère technologique, les procédés chimiques auxquels ont recours les diverses industries. Une œuvre de ce genre n’exige pas seulement de vastes connaissances théoriques et une pratique assidue des ateliers, il y faut encore introduire des retouches incessantes, puisque l’industrie se perfectionne sans cesse. Aussi les deux ingénieurs, MM. Debize et Mérijot, qui présentent au public français l’œuvre de l’auteur allemand, ne se sont-ils pas contentés d’une simple traduction ; ils l’ont mise en même temps au courant des progrès du jour. Le premier volume qu’ils éditent aujourd’hui ne traite que trois sujets : l’eau, les combustibles et l’éclairage ; mais combien ces sujets sont vastes dès que l’on entre dans l’examen des applications industrielles ! L’eau, que l’on rencontre partout dans la nature, est la condition essentielle de toute vie, de tout travail humain. Quant aux combustibles, n’est-ce pas une des grosses questions de notre temps depuis que la houille est devenue, comme on l’a fort bien dit, le pain quotidien des manufactures ? Que de variétés dans cet ambre noir des