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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/96

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qu’il en rappelle cent autres à peu près pareils ? L’attitude est naturelle et élégante, le geste plein de grâce et de gaîté. Il y a de la vie et de la beauté dans ce corps souple et juvénile que l’antiquité grecque aurait reconnu pour celui d’un de ses enfans. Un sculpteur, Dieu merci, n’a pas besoin, comme un journaliste, d’avoir « une idée par jour. » C’est un avantage que les arts sérieux conservent sur certaine littérature de notre temps, et il faut féliciter M. Gautier de faire de belles statues, lors même qu’elles ne nous apprendraient rien de nouveau, sans se soucier ni d’étonner ni de lasser l’attention de la foule.

Il faut adresser le même éloge à M. Pètre et à M. Blanchard, qui, sans égaler M. Gautier, suivent, chacun dans la mesure de ses forces, la même voie sérieuse et modeste. M. Pètre expose une fort bonne statue de bronze intitulée la Source : c’est une nymphe aux formes pleines, un peu cambrée, qui de ses deux bras levés au-dessus de sa tête penche l’urne classique d’où s’épandent ses eaux. C’est à peu près le geste du Jeune braconnier et de mille autres études du même genre, mais le mouvement est souple et sculptural, la figure repose bien sur la jambe gauche ; enfin c’est une statue, et non pas une fantaisie. — M. Blanchard parait avoir moins de vertu que M. Pètre et plus de pente à la mignardise, qui est une des formes les plus dangereuses de la corruption du siècle. Néanmoins sa bocca della Verità est encore une assez jolie chose. La jeune fille assise qui met en riant sa main innocente dans la bouche du masque révélateur est fort gracieuse et visiblement fort ressemblante au modèle. Les formes vont s’alourdissant graduellement depuis la tête jusqu’aux pieds ; l’encolure, fine et charmante, s’attache à un buste trop long, qui s’ajuste lui-même à des jambes un peu courtes et un peu trapues. D’ailleurs ces disproportions naturelles, quand elles ne sont pas trop choquantes, donnent parfois plus de caractère aux figures, et la réalité, même dans ses défauts, a toujours une secrète harmonie dont l’art le plus consommé ne saurait couvrir ses erreurs.

Signalons encore le spirituel petit groupe de bronze de l’Italien M. Ceccioni, qui l’avait déjà exposé en marbre il y a deux ans. Un enfant crie à tue-tête en retenant dans ses bras un coq qui se débat avec fureur, et au pied duquel l’imprudent s’est amusé à atteler sa charrette avec un fil. La lutte est acharnée entre les deux terribles combattans, et l’épouvante du jeune vainqueur se peint de la façon la plus comique sur ses traits bouleversés. Cette œuvre plaisante, qui est en même temps d’une très bonne facture, rappelle certaines statuettes antiques qui se voient au musée de Naples. Les anciens, comme on le sait, cultivaient la caricature ; et ils s’y entendaient pour le moins aussi bien que nous. Seulement, au lieu de la