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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/939

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par avoir raison de toutes les dissidences et qui s’arrête au seuil de toutes les crises.

Quand cette session n’aurait produit que ces deux choses, quand elle n’aurait eu d’autre résultat que de donner au gouvernement les moyens de soutenir le crédit de la France et de relever notre puissance militaire, elle n’aurait point été infructueuse ; mais enfin il n’est pas moins vrai que les vacances sont venues à propos. Au moment où l’assemblée s’est séparée, elle commençait à ne plus savoir où elle en était ; elle offrait le spectacle d’un singulier mélange d’impatience nerveuse et de lassitude. Les esprits s’irritaient, et, les excitations de la presse aidant aux excitations parlementaires, on en venait à ce point où l’on n’a plus le sens des grandes situations, où l’on s’agite dans le vide, où il se forme à la surface de la vie publique une sorte de mêlée tourbillonnante de toutes les déclamations oiseuses et de toutes les discussions inutiles. Il était temps d’échapper à cette atmosphère factice et d’aller renouer connaissance avec le pays ; sans cela, l’assemblée aurait bientôt fait comme les journaux, elle se serait mise à réchauffer toutes ces questions sur la république définitive et sur la république provisoire, sur le pacte de Bordeaux et sur la loi Rivet. Elle se serait démenée pour n’arriver à rien, et, qui sait ? elle aurait peut-être fini par évoquer, elle aussi, cette autre grande question de savoir si le dernier emprunt est républicain, quelle est la couleur politique des quarante milliards offerts en quelques heures au trésor français.

Voilà où l’on en vient lorsqu’on ne voit plus la réalité des choses qu’à travers les hallucinations et les fétichismes de parti. Oui, lorsque la fin de la session est venue, lorsque le président de l’assemblée, M. Grévy, a donné sans phrases et sans la moindre allocution le bienheureux congé jusqu’au 11 novembre, ou en était là, on discutait cette grave question, et on a même continué à la discuter dans la presse radicale : il s’agissait de transformer l’emprunt en une sorte de plébiscite républicain, de prouver que les souscripteurs du monde entier ont envoyé leur vote à la république, et ceux qui interprètent de cette plaisante façon un des plus grands faits de l’histoire financière ne voient pas que, pour faire honneur à leur parti, ils diminuent la France, qu’ils sont les dupes d’un fanatisme qui dérobe à leurs yeux la grande image de leur pays. Ils ne peuvent pas s’exprimer simplement et dire les choses comme tout le monde, il faut qu’ils voient et qu’ils mettent la république partout, et bientôt ils parleront du soleil et de la pluie de la république comme les courtisans d’autrefois auraient parlé de la pluie et du soleil du roi. Aujourd’hui c*est l’emprunt de la république. Eh ! non, ce n’est pas l’emprunt de la république, pas plus au reste que ce n’est l’emprunt de la monarchie. On n’a prêté ni à une abstraction de gouvernement ni à un parti, on a prêté à la France, au pays lui-même, et sait-on pourquoi il y a eu cette universelle émulation de confiance,