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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/800

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LETTRES FAMILIERES
D'UN MARIN
I — 1844-1848

Les lettres qu’on va lire sont obligeamment communiquées à la Revue par M. le marquis de La Grange, et nos lecteurs les accueilleront avec ce vif sentiment d’intérêt et de sympathie qui s’attache au souvenir de celui qui les a écrites. L’homme de guerre de Saint-Jean d’Ulloa et de la campagne dans les mers de Chine, le remarquable écrivain de la bataille de Lissa [1] nous y apparaît sous un aspect nouveau. On le voit familier, humoristique, chevaleresque et cependant prompt au sarcasme, aimable à force d’esprit, tel enfin qu’on a pu l’observer dans le monde, où il se montrait si peu, et tel surtout qu’on l’a connu dans le salon de l’éminente personne à laquelle cette correspondance est adressée. On trouvera en outre dans ces lettres de très fins aperçus, de malicieux commentaires, souvent justes, nombre de détails sur les personnes et sur les choses, tout cela portant bien sa date, vivant, et fortement empreint de cet accent de patriotisme dont nos marins se souviennent encore, et qui leur faisait dire pendant la guerre : « Quel malheur que l’amiral Page n’ait pas vécu ! »

Paris, mardi 6 août 1844.

Oh ! que c’est aimable et gracieux à vous, madame, de vous arrêter un instant au milieu de votre enthousiasme des champs pour penser à un pauvre prisonnier à demi aveugle ! Si la charité sauve,

  1. Voyez la Revue du 15 novembre 1866.