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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/781

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LA
POESIE POPULAIRE EN HONGRIE
PENDANT LA GUERRE DE1848

C’est une bonne fortune appréciée des historiens et des critiques que de trouver un recueil de vraies poésies populaires, surtout lorsque ces poésies célèbrent des événemens décisifs dans la vie d’une nation. Les progrès de la science historique, loin de diminuer ce plaisir, l’ont rendu plus sensible : toutes les inscriptions, toutes les chartes léguées par une génération éloignée de nous, et, s’il s’agit d’une époque récente, toutes les pièces officielles, tous les journaux ne sauraient tenir lieu de ce vivant témoin : un peuple qui chante sa gloire ou ses désastres. Malheureusement ce genre de documens est d’un emploi dangereux ; il est plus d’une fois arrivé que des chants lyriques, respirant un enthousiasme naïf qui semblait une preuve incontestable de leur caractère spontané, étaient l’œuvre d’un pieux faussaire qui les avait fabriqués dans les loisirs du cabinet, croyant travailler à la gloire de sa patrie. Nous ne sommes pas exposés à cette désagréable illusion lorsque nous lisons les chants populaires des Magyars, au moins le cycle qui correspond à la guerre d’indépendance, lutte héroïque et insensée. L’exaltation des sentimens, jointe à l’énergie de la volonté, s’exprime, dans ces petits poèmes lyriques, avec une sincérité qui ne saurait être jouée. D’ailleurs les plus remarquables de ces bandes et de ces odes ont été composées par des jeunes gens fort connus dans leur pays, et dont quelques-uns vivent encore, Garay, Gyulai, Petœfi, Toth, Arany, et pourtant la perfection de ces compositions ne leur enlève rien de leur caractère populaire, parce qu’aussitôt composées elles étaient chantées dans les rues, dans les camps,