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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/779

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les contradictions les plus flagrantes sur l’essence même de la foi, et en se refusant à couvrir du voile d’une unité trompeuse deux religions distinctes et même opposées.

Reconnaissons, d’un autre côté, que dans la situation donnée les orthodoxes ne peuvent appliquer leurs principes. Ils ne sauraient oublier que l’église réformée est devenue un établissement national, et que la tendance contraire à la leur a pu s’y développer à son aise. Il ne sert de rien d’invoquer les documens du passé. Nul parti religieux ne peut dire à ses opposans en produisant des actes notariés : « La maison est à moi, c’est à vous d’en sortir. » On a beau avoir déclaré obligatoire la profession de foi ; il n’est pas possible de demander à l’état l’exclusion de ceux qui ne s’y soumettent pas en invoquant ce que nous avons appelé leur droit historique. Cela est si vrai que les orthodoxes ont été obligés de réduire considérablement leur programme. Ils n’ont pas osé demander aux électeurs une déclaration suffisante, car celle qu’ils ont proposée est déjà interprétée dans un sens très vague. Bien plus, ils n’ont pas demandé aux anciens, c’est-à-dire aux hommes qui participent le plus directement au gouvernement de l’église, l’adhésion à la profession de foi qu’ils imposent au pasteur, ce qui est une dérogation au principe protestant sur la prêtrise universelle. Ils ne pourront pas triompher des résistances qui se préparent, parce qu’ils ne voudront pas recourir à l’autorité civile. Aussi n’ont-ils jamais déguisé leur désir qu’une séparation à l’amiable eût lien entre les deux partis, sous la réserve que chacun participerait à ce qu’on appelle les avantages du régime concordataire. Cette solution serait conforme à l’équité ; les orthodoxes ne pourraient en vouloir d’autre tant que le lien entre l’état et l’église subsiste. Elle n’en est pas moins très difficile, surtout dans les petites localités. Comment déterminer la part exacte qui revient à chacune des deux tendances ? « Comment arbitrer ce grand inconnu ? disait Lamartine dans son essai sur l’état, l’église et l’enseignement, où il aborde un problème identique. Oseriez-vous dire devant Dieu que vous ne vous tromperiez pas, et que votre chiffre marque juste la statistique des consciences ? » La grande difficulté n’est pas encore là, elle est dans la résistance du parti radical ; il ne veut à aucun prix de cette séparation, parce qu’elle le réduirait à un isolement dangereux, et aussi parce qu’elle détruirait en fait son grand principe ecclésiastique, qui est la diversité indéfinie de l’enseignement religieux. Pour le pratiquer, il a besoin de la coexistence des deux tendances opposées ; il défend sa raison d’être en se refusant au schisme.

On le voit, l’église réformée de France est travaillée par une contradiction invincible dans sa situation présente. C’est le sort de toutes les églises unies à l’état, qui ont vu passer sur elles le souffle