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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/767

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peut être invoqué contre la notion chrétienne de la croyance ecclésiastique au nom de la critique moderne, M. Colani l’a dit au synode dans un langage précis qui a l’avantage de déchirer tous les voiles et de montrer le radicalisme théologique tel qu’il est au fond. Citons encore sur les mêmes bancs quelques laïques éminens : M. Clamageran, qui a fait ses preuves comme économiste et homme politique et dont la parole est pleine de feu, — M. Planchon, professeur de pharmacie à la faculté de Montpellier, et le défenseur de Belfort, le colonel Denfert-Rochereau. Il serait injuste de passer sous silence le doyen du parti, M. le pasteur Martin Paschoud, que l’on a vu s’enrôler dans toutes les nobles causes humaines ; pourtant l’orthodoxie évangélique n’a pas eu depuis plus de soixante ans d’adversaire plus résolu.

Le parti mitoyen avait une situation difficile à garder ; le radicalisme l’effraie, et les professions de foi l’épouvantent. Malheureusement la seconde préoccupation l’a presque toujours emporté sur la première. Le vrai représentant du tiers-parti a été M. Jalabert, doyen de la faculté de droit de Nancy, qui enveloppe ses pensées un peu vagues dans une parole abondante, animée, sympathique. Un jeune professeur de l’Université, M. Sayous, quoique se rattachant par le point de vue ecclésiastique à la même tendance intermédiaire, a produit sur toute l’assemblée une sérieuse impression, par un discours où il marquait très bien la situation et le trouble de beaucoup d’esprits sincères qui cherchent leur voie dans les obscurités du présent.

J’en viens aux orthodoxes. M. le pasteur Bastie de Bergerac avait été nommé président ou modérateur du synode. Esprit ferme et large, non sans une pointe acérée, il représentait très bien la portion la plus éclairée de l’orthodoxie. La droite comptait dans ses rangs MM. Alfred André, général Chabaud-Latour, Mettetal et Robert de Pourtalès, membres de l’assemblée nationale ; ses orateurs, peut-être moins nombreux, ont fermement tenu la campagne contre la gauche. Dès l’ouverture du synode, tous les regards se tournaient vers l’illustre vieillard qui porte le poids de ses quatre-vingt-quatre ans avec tant de vaillance, toujours ardent au travail, toujours égal à lui-même, et qui couronne sa longue vie de gloire et de labeur fécond par un dévoûment sans réserve à la cause de la religion telle qu’il la comprend. Tout le monde savait que c’était principalement aux démarches de M. Guizot que l’on devait la convocation du synode. Pour les uns, c’était un grand titre de reconnaissance, pour les autres un grief sérieux. Il n’a trouvé néanmoins au synode que l’affectueux respect qui lui est dû, bien qu’il soit entré dans les débats avec toute l’énergie de sa nature et de ses