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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/733

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l’est pas moins, car, la force étant une fois prise pour principe, nul ne peut savoir de quel côté elle se mettra. Les armées étant composées des mêmes élémens que le reste du peuple, elles peuvent être aussi bien que lui envahies par la démagogie, et l’armée que l’on aura forgée pour se défendre sera précisément celle par laquelle on périra. Le régime militaire porte d’ailleurs en lui-même son principe de dissolution ; condamné à la guerre, il périt par la guerre, et, né du despotisme, il engendre l’anarchie. Éviter les remèdes des empiriques, tel est le premier conseil qu’un médecin sage donne à un malade. Ici les empiriques, ce sont d’une part les nobles, mais aveugles sectaires de la monarchie mystique, de l’autre les serviles adorateurs de la monarchie militaire. Mieux vaut la méthode expectante du sage Hippocrate, qui conseille de s’en fier à la nature et à la vis medicatrix. C’est ce qui nous conduit à ce que nous considérons comme les vrais remèdes, auxquels nous croyons avec d’autant plus de confiance que nous nous sentons d’accord sur ce point avec le gouvernement actuel du pays.

C’est en bien caractérisant les maux qu’on aperçoit les remèdes. Or quels ont été nos maux jusqu’à présent ? Le principal, c’est que tous les partis se sont toujours substitués à la souveraineté nationale. Le remède ici est donc de rendre à la souveraineté nationale toute sa liberté, toute sa spontanéité.

S’il y a un fait démontré par notre malheureuse histoire, c’est que depuis 89 tous les gouvernemens ont substitué leur propre volonté à la volonté du pays. Commençons par le comité de salut public. Quelque jugement qu’on en porte, ce qui est certain, c’est qu’il a été une dictature, et la dictature d’une minorité. Le directoire, à l’origine, a été sans doute l’expression de la souveraineté nationale [1] ; mais il ne resta pas longtemps l’organe et le ministre du souverain, et au 18 fructidor ce fut lui qui devint le maître. Il est suffisamment connu que l’empire a été la substitution de la volonté d’un homme à la volonté nationale. Quant à la restauration, tout en admettant qu’elle ait pu être à l’origine d’accord avec les vœux du pays, il n’est pas douteux qu’elle est arrivée avec ses propres vues, et si l’on excepte les quelques années du ministère Decaze, où une sage transaction fut essayée, il est vrai de dire que dans son ensemble la restauration a été et surtout a voulu être une revanche de l’émigration contre la révolution. Enfin la pensée de substituer d’une manière définitive la volonté royale à la volonté

  1. Encore ne faut-il pas oublier le décret des deux tiers, décret par lequel la convention avait décidé que les deux tiers de l’assemblée nouvelle seraient pris dans son sein.