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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/67

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les passes, les contorsions varient selon le goût particulier de chaque province. Les Antanosses tournent et marchent en cadence, les uns à la suite des autres, soit au bruit du tambour, soit avec accompagnement de chansons. Sur la Grande-Terre, des voyages, même à petite distance, ne s’exécutent pas sans nécessité ; on ne connaît de voitures d’aucun genre. Un petit siège de bois fixé à deux bâtons et porté sur les épaules par des esclaves, le tacon, est la chaise à porteurs dont se servent quelquefois les nobles et particulièrement les princesses. Maintenant encore le tacon est l’unique ressource des voyageurs européens qui redoutent les fatigues de la marche.

Le caractère et les mœurs des Malgaches sont jugés d’une façon bien sévère par M. de Flacourt. Le portrait est vraiment affreux. A peu d’exceptions près, déclare le chef de l’ancienne colonie française, les habitans de Madagascar sont capables de tous les genres de trahison ; ils tiennent la dissimulation, le mensonge, la flatterie, la cruauté pour autant de vertus. Ils ne combattent que par surprise et n’éprouvent aucune honte d’éviter le danger par une fuite rapide ; impitoyables envers les ennemis vaincus, près des vainqueurs ils s’abandonnent à toutes les bassesses. Ils ont pour maxime qu’il faut tuer celui à qui on a fait une injure, afin d’éviter une vengeance ; ils n’attribuent un pardon qu’à la bonne fortune ou à la puissance des olis. En un mot, ce sont des gens, dit notre historien, qu’on doit mener par la rigueur. Ici, Flacourt ne se montre pas un juste appréciateur ; comme les conquérans, il trouvait fort naturel de traiter des peuples peu avancés en civilisation avec hauteur et mépris, de manifester de rudes exigences, d’user à toute occasion des menaces et de la violence, oubliant que, brisés par l’injustice et l’abus de la force, les faibles n’ont d’autre ressource que la ruse et la dissimulation. Très certainement les Malgaches, nobles et plèbe, n’étaient pas exempts de vices ordinaires, la plupart des gens dont l’esprit n’a pas été très cultivé ; mais dans les premières relations qu’ils entretinrent avec les visiteurs étrangers on les avait vus pleins de douceur. Ces hommes ne doutaient pas de la supériorité des Européens ; ils admiraient les navires, les objets d’une industrie avancée et surtout les armes ; ils eurent de la reconnaissance envers ceux qui leur avaient apporté des fusils. Plus tard, ils déclaraient, en s’appuyant d’assez bonnes raisons, que les blancs ne valaient pas mieux que les rouges et les noirs. Dès lors, les Européens étaient jugés des ennemis redoutables dont il importait de se débarrasser par tous les moyens. Sur la Grande-Terre, les mœurs sont faciles. Les riches ont plusieurs femmes, et celles-ci ne se piquent pas de fidélité. Pour des cadeaux, les jeunes filles n’ont rien à refuser ; sous un certain rapport d’une prudence peut-être excessive, elles ne veulent pas contracter une