Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/66

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


médiocrement la préparation des mets et la façon de prendre les repas chez les Malgaches ; — un goût peu délicat et une propreté douteuse inspiraient des répugnances. Les alimens sont variés ; où l’abondance existe, il y a le bœuf, le mouton, le chevreau, les tenrecs, — animaux de la famille des hérissons, — des oiseaux domestiques ou sauvages, des poissons, le riz, diverses sortes d’ignames, des légumineuses comme des pois et des fèves, des fruits d’une infinité d’espèces, des cannes à sucre ; en quelques endroits s’ajoutent des chrysalides de bombyx. Dans les temps de misère, les racines qu’on va chercher dans les bois, ou recueillir dans les eaux, assurent contre la famine. Tout se cuit à l’eau ; on assaisonne les viandes avec du gingembre, du poivre ou des feuilles d’ail. La boisson ordinaire est de l’eau chaude et du bouillon ; le vin de miel ne paraît guère que dans les circonstances extraordinaires. Au pays des Matitanes et dans la bande du nord, le vin de canne à sucre est surtout en usage ; ailleurs c’est le mélange des deux sortes de vin qui est préféré. Dans la province d’Anossi, jamais les nobles ne mangent avec les esclaves ; ceux-ci consomment les restes. Au contraire chez les peuplades plus voisines de la baie d’Antongil, les maîtres, aussi bien que les femmes, prennent les repas en commun avec tous les gens attachés à l’habitation.

Dans toutes les conditions sociales, les hommes, plus encore les femmes, éprouvent le besoin de se divertir et d’oublier les sujets de préoccupation ordinaire ; des distractions du même genre se retrouvent sur tous les points du globe. A Madagascar, un jeu d’adresse très prisé rappelle celui qui fait passer le temps à nos vieux soldats. Contre de grosses coquilles disposées par rangées, on lance une autre coquille en la faisant pirouetter. Ce divertissement a beaucoup d’attrait ; on y gagne et l’on y perd des bœufs. Un autre jeu offre quelque analogie avec le trictrac : il a pour instrumens des fruits ronds et une tablette percée de trente-deux trous ; les gens qui aiment à combiner s’en amusent extrêmement, et nos Français n’en dédaignaient point la pratique. Pour les réjouissances d’une nombreuse société, les chansons, les danses, la musique, sont inévitables. Par exemple, les instrumens sont fort simples : un petit monocorde sans archet est la guitare des Malgaches, un monocorde avec archet est le violon ; une canne à six cordes, pour laquelle nous ne trouvons pas de comparaison, une sorte de flûte en usage chez les Matitanes, voilà tout ce que l’on pourrait réunir pour composer un orchestre. Les chansons sont plaisantes ou sérieuses : dans les unes, on loue gravement de hauts faits ; dans les autres, on tourne en ridicule quelque personnage. Le succès de ces dernières n’est jamais douteux ; les éclats de rire témoignent de la joie de l’assemblée. Les danses viennent à toute occasion, surtout parmi les femmes ;