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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/634

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au-dessus du niveau de la mer, ce qui est sans doute fort exagéré. Le palais du souverain et les demeures des principaux personnages occupent le sommet de la colline. Les plus belles maisons, construites en bois, ont le seuil élevé de 1/2 mètre au-dessus du terrain : une pierre placée devant la porte remplit l’office d’une marche ; des nattes jetées sur le plancher servent à tous les usages. Comme chez les Antanossep, une place couverte de pierres est le foyer : la cheminée est inconnue ; les toits, d’une hauteur supérieure à celle du bâtiment et garnis aux angles de longues perches, offrent un aspect singulier. Pendant le séjour des missionnaires anglais, on fit des habitations plus élégantes avec des vérandahs, des toits mignons et bien façonnés. Un seul chemin partage cette ville étrange ; ensuite ce sont d’innombrables ruelles irrégulières et fort incommodes. En 1820, la population était évaluée à 10,000 ou 12,000 âmes, quinze ans plus tard à 20,000 ; nous savons qu’elle s’est considérablement accrue depuis cette époque. Dans le pays où le bois doit être apporté de loin, les pauvres gens se contentent de cases faites de bambous.

Au sud, l’Ankova est borné par les monts Ankaratra, qui le séparent de la province des Betsileos, une contrée assez fertile ; à l’est, il touche la province d’Ankay, qui consiste surtout en un long plateau encadré par des montagnes et arrosé par le Mangourou, une des belles rivières de Madagascar. Au nord, c’est la province d’Antsianaka, citée pour la culture du riz, pour la production du coton, pour l’abondance des troupeaux. Cette région, coupée par une partie de l’immense forêt d’Amazalaotra, a un très joli lac ; une île vers le milieu, un village sur les hauteurs de l’île, donnent à l’ensemble un effet des plus pittoresques.

Le chiffre de la population de Madagascar n’a jamais pu être déterminé, même d’une manière approximative ; on croit qu’à une époque ancienne l’île avait beaucoup plus d’habitans que de nos jours. Les voyageurs, parcourant la grande île africaine sans s’arrêter aux détails, distinguent tout de suite deux sortes d’hommes : ceux qui ont la peau noire et les cheveux crépus, ceux qui ont le teint olivâtre et les cheveux plats. Les explorateurs adonnés à l’étude ont bientôt reconnu plusieurs peuples très différens : les Ovas, les Sakalaves, les Betsileos et les Betsimisarakes. Les premiers, maintenant les véritables maîtres sur la Grande-Terre, sont agiles, pleins d’activité, de taille très médiocre ; les Ovas de race pure ont le teint olive-clair, les traits un peu plats, les lèvres souvent épaisses et proéminentes, le regard voilé, les cheveux noirs lisses ou bouclés. Aucune tradition ne révèle ni l’origine, ni le moment de l’apparition des hommes de cette race à Madagascar ; regardés tantôt comme des Malais, tantôt comme des Abyssins, on n’est pas