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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/63

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écorces douces sont choisies et jetées avec de la cendre dans un grand vase rempli d’eau. On les laisse bouillir pendant une journée ; après cette première opération, l’écorce est lavée à l’eau claire et broyée dans un mortier de bois ; alors, dans un châssis formé de petits roseaux, la pâte un peu délayée est étendue en couche mince sur une feuille de balisier légèrement huilée. Séché au soleil, le papier, toujours un peu jaunâtre, est passé dans une eau de riz bien mucilagineuse, enfin chaque feuille convenablement lissée est rendue propre à recevoir l’écriture. L’encre s’obtient par la décoction d’un bois très commun dans la province d’Anossi ; les plumes ne sont autre chose que des tiges de bambou parfaitement taillées.

Outre les gens qui travaillent à la terre ou qui exercent un art, il y a les pêcheurs et les chasseurs. Les premiers, très nombreux dans certaines localités, font eux-mêmes les filets et des nasses de joncs ; ils emploient également des hameçons et des sagaies garnies de harpons. Ceux qui vont en mer, se portant à une lieue environ au large, prennent les petits poissons avec des nasses, les gros à la ligne ou à la sagaie. Ceux qui pèchent dans les rivières se servent de nasses ; mais ils font surtout usage de grands filets analogues aux énormes seines qu’on voit promener sur nos fleuves. Les pêcheurs vendent du poisson pour du riz, des ignames, du coton ; le poisson qui ne peut être ni vendu ni consommé tout de suite est séché ou fumé. La chasse n’est un plaisir pour personne parmi les Malgaches ; les nobles n’ont aucun goût pour les exercices du corps. Des nègres tendent des filets au milieu des broussailles et des taillis, où ils attrapent des pintades, des cailles, des perdrix, — au bord des rivières et des étangs, où ils prennent des canards et des poules d’eau. Ils s’emparent de petits oiseaux avec des appelans ou à la glu ; les jeunes garçons, on le pense, excellent dans ce genre de chasse. Les sangliers commettant d’affreux dégâts dans les plantations d’ignames, il est absolument nécessaire de les exterminer : les chasseurs les poursuivent avec des chiens ; lorsque l’animal est arrêté, on le tue à coups de sagaie. Les savans de Madagascar, les ombiasses, ne se contentent pas de la vente des olis ; ils vont voir les malades, font des pansemens, préparent les remèdes, — des infusions d’herbes et des décoctions de racines. Enfin il y a les artistes : bouffons, musiciens, chanteurs, danseurs, courant le pays de village en village ; très bien accueillis par les grands, qui s’en amusent, ces gens-là sont néanmoins l’objet d’une sorte de mépris, — même chez les sauvages, la plus haute considération n’est pas attribuée à ceux dont le métier consiste à divertir les autres. Mieux vus de la société malgache sont les musiciens qui jouent d’un monocorde, le herravou, et récitent des sentences ou déclament les hauts faits des ancêtres.