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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/62

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le miel, qu’on se procure dans une infinité d’endroits, permettent à la rigueur de vivre sans travailler. Chez des peuples où l’on évite même de se promener parce que c’est une fatigue inutile, l’agriculture et l’industrie n’ont pas pris de grands développemens. Il est toujours intéressant de voir dans quelles limites se renferment les efforts d’hommes qui songent simplement à satisfaire des besoins à peu près indispensables sans jamais rêver aucun progrès. L’agriculture est toute primitive à Madagascar ; le labour est inconnu ; une petite bêche pour remuer la terre, une serpe pour tailler les mauvaises herbes, sont les seuls instrumens en usage. En général, le riz se plante grain à grain et se récolte épi par épi. Les Antanosses se montrent assez ingénieux ; ils poussent des bœufs dans les marécages et les retiennent longtemps à trépigner. Les herbes ainsi broyées se pourrissent ; alors on sème, et le riz devient magnifique. S’agit-il des ignames, dont on distingue plusieurs espèces, les grosses racines sont coupées par morceaux, et on plante chaque fragment. Il n’y a point de terre dans l’île, cultivée ou inculte, qui n’ait son maître : on s’abuse en croyant qu’on peut choisir un champ à sa convenance ; les grands ne permettent jamais à personne de s’approprier le moindre coin de terre sans l’avoir demandé de bonne grâce.

Les Zafferamini fournissent d’adroits charpentiers ; ils se servent de la règle, du rabot, du ciseau ; n’ayant nulle idée de la vrille ou du vilebrequin, ils font les trous avec des poinçons rougis au feu. Dans la plupart des provinces, les Malgaches fondent le minerai de fer à l’aide des plus simples procédés ; ils forgent des haches, des marteaux, des enclumes, des couteaux, des sagaies, des pinces, des crochets. Des orfèvres façonnent des grains, des boucles, des anneaux d’or, d’argent et de cuivre. L’art du potier est pratiqué, au moins chez les Antanosses, également par des hommes et des femmes ; avec de l’argile, ils fabriquent des vases et des plats qu’ils cuisent sur un feu de broussailles ; ces objets frottés ensuite avec une terre noirâtre deviennent clairs et luisans comme s’ils avaient reçu une couche de vernis. Certains individus sont habiles à faire des ustensiles de bois ; quelques-uns emploient le tour. En ce pays, on fabrique des cordes de toute grosseur avec les fibres de différentes écorces ; les palmiers constituent une ressource inépuisable. Les femmes sont en possession exclusive de l’industrie des vêtemens : elles filent et soumettent à la teinture la matière première, obtenant le rouge de la décoction d’une racine, le bleu et le noir de l’indigo ; elles tissent les étoffes et confectionnent les pagnes. Aux fameux ombiasses, qui vendent les talismans, appartient l’art de fabriquer du papier, de l’encre et des plumes ; eux seuls sont capables de s’en servir. La préparation du papier est assez curieuse. Des