Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/618

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tranquillité des eaux charment les yeux. La partie nord de la côte occidentale de Madagascar, dit le capitaine Owen, est découpée par une série de baies, de havres, de rivières admirables sous bien des rapports ; si le pays était civilisé et l’esprit commercial développé chez le peuple, elle serait fréquentée par des navires de toutes nations. Ces havres, à l’exception de celui de Bombétok, presque inconnus avant le passage du capitaine Inverarity en 1802, sont entièrement négligés. C’est à peine si par hasard y vient une péniche arabe pour se procurer du bois de sandal ou du bœuf conservé. La baie de Bombétok, vaste estuaire de plusieurs rivières, est rétrécie dans le milieu de façon à n’être plus qu’un simple canal où l’eau se précipite avec tant de violence qu’elle a creusé un abîme profond de 115 mètres. La côte en général est basse et couverte de végétation, mais en quelques endroits se dressent des rangées de hautes collines. Bombétok est un petit village ; au contraire Madsanga, assise sur la rive du nord presque à l’entrée de la baie, est une très grande ville, peuplée de Malgaches et des descendans des Arabes qui s’établirent en ce pays à une époque fort reculée. Madsanga était gouvernée par trois chefs égaux en puissance ; l’un malgache, l’autre arabe pour les deux parties de la communauté, le troisième pour les relations avec les étrangers. Cette situation venait d’être changée brusquement peu de jours avant l’arrivée de l’expédition anglaise ; à la tête d’une nombreuse armée, Radama s’était emparé de la ville. Les Américains fréquentaient beaucoup cette localité, préparant eux-mêmes sur place des viandes, du suif, des peaux, ils en chargeaient des navires ; tenant de petites boutiques approvisionnées des objets qui plaisent aux peuples primitifs, ils recevaient en échange les produits du pays qu’apportaient les indigènes. Le côté méridional de la baie est occupé par des Sakalaves, une tribu guerrière répandue sur de vastes espaces dans l’ouest et au nord de la grande île africaine. Pendant que les vaisseaux du capitaine Owen se trouvaient à la baie de Bombétok, le lieutenant Boteler eut l’occasion de voir Radama ; il en a profité pour faire le portrait du roi des Ovas. A cette époque, le fameux conquérant, âgé de plus de trente ans, paraissait tout jeune ; de taille très médiocre, d’une figure fine et gracieuse, de manières défiantes à l’extrême, rien n’indiquait l’homme accoutumé aux fatigues de la vie militaire, beaucoup moins encore le guerrier heureux, l’idole d’un peuple endurci par les combats, la terreur des ennemis. Radama parlait et écrivait avec facilité l’anglais comme le français. Le mode de paiement adopté par les Ovas amusait singulièrement les officiers anglais ; des chaînes d’argent que l’armée avait apportées servaient de monnaie courante. Le soldat voulant faire une acquisition détachait un