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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/617

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Le capitaine Owen s’attache à déterminer d’une façon rigoureuse la longitude et la latitude du cap d’Ambre, l’extrémité nord de Madagascar ; puis, redescendant au sud, il recueille des informations sur un grand nombre de points, rectifie des erreurs commises par les premiers navigateurs, découvre une baie que les indigènes ne désignent par aucun nom et l’appelle port Leven, enfin arrive à l’îlot Madame. En passant, on note un trait des habitudes des Sakalaves voisins du port Louky, dont il y a, paraît-il, beaucoup d’exemples sur la grande île : les habitans ont à la fois résidence à la côte et dans l’intérieur ; au temps de la mousson du sud, ils se retirent dans les terres et cultivent le sol ; lorsque règne la mousson du nord, ils reviennent à la côte pour se livrer à la pêche. Ainsi, du mois de mai au mois d’octobre, les villages du littoral sont entièrement déserts.

Après l’achèvement d’une série d’études aux îles Comores, l’expédition scientifique se met en devoir de faire une reconnaissance de la côte occidentale de Madagascar, — opération importante, car les anciennes cartes ne donnent aucune idée juste des sinuosités, et les plus modernes sont encore fort inexactes. Les navires abordent l’entrée de la baie de Saint-Augustin ; bientôt entourés par des naturels venus dans des canots, visités par le roi, la reine, les principaux personnages de la contrée, les Anglais constatent chez cette population des sentimens de véritables sauvages. Ces Malgaches bruyans, grossiers, enclins à l’ivrognerie, avides de tout, mon iraient une incroyable dextérité pour s’emparer, malgré la surveillance, des objets qu’ils apercevaient. De Saint-Augustin, le capitaine Owen se porte à Tulléar, — une baie formée par un récif long et fort étroit qui Teste à sec pendant la marée basse. Un peu au nord, il gagne un groupe de petites îles où allait s’accomplir un événement tragique : deux jeunes officiers envoyés sur un îlot, afin de prendre quelques mesures angulaires, furent assassinés par des gens qui cherchaient des coquillages à la mer ; sur la carte, l’endroit a été appelé l’Ile du Meurtre. Toute la côte depuis Saint-Augustin jusqu’à la baie de Bouëni, située entre le 15e et le 16e de latitude, est presque uniforme, — basse, marécageuse, arrosée par des rivières dont les bords sont nus, flanquée d’une ligne de massifs de coraux qui reste découverte à marée basse ; l’aspect est triste. En quelques places, on observe tout un archipel de petites îles rocheuses offrant une grande variété de formes fantastiques. La rive ne présente à la vue que des arbres rabougris ; seulement au voisinage immédiat de la mer, on remarque parfois d’élégans casuarinas. La baie de Bouëni contraste d’une manière fort agréable avec cette portion du littoral ; les belles collines qui l’entourent et la