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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/611

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de s’arrêter ; deux ministres du roi, montés et costumés en officiers d’état-major, se présentèrent pour les informer de l’heure de l’audience royale. Presque aussitôt, M ; Robin, un Français remplissant près du roi les fonctions de secrétaire et d’aide-de-camp, vint les avertir du moment précis de l’entrée. De notables changemens s’étaient opérés depuis les premiers voyages des Européens à la capitale du royaume des Ovas. Le palais était meublé et décoré avec élégance ; l’agent britannique allait ajouter à ce luxe, — il apportait un service de vaisselle plate. Une jolie route, déjà longue de plusieurs milles, avait été construite. Radama se plaignit avec amertume de la violation du traité ; pareille absence de bonne foi l’exaspérait. M. Hastie tenait son explication toute prête : tant que la sanction du roi n’avait pas été obtenue, la rupture de l’acte d’un prédécesseur n’était pas condamnable, — le général Hall avait en vérité un adroit défenseur ; — les relations établies par le gouverneur Farquhar se trouvant à présent autorisées, approuvées, ratifiées par le souverain de la Grande-Bretagne, il n’y avait plus de mécompte possible. Radama ne parut pas convaincu ; il avoua que son peuple avait créé un nouveau proverbe : « faux comme l’Anglais. »

Les conférences se multiplièrent. M. Hastie ne se lassait point de parler des sentimens désintéressés du gouvernement britannique en recherchant l’alliance de Radama ; il ne tarissait pas sur les avantages de cette alliance pour Madagascar. Des discussions de tout genre finirent par amener le succès de l’agent anglais : le traité fut ratifié par le roi des Ovas ; une proclamation annonça l’événement au peuple. Dans le même temps, le jeune souverain qui régnait à Tananarive reçut de magnifiques présens, les uns du roi d’Angleterre, les autres du roi de France ; ces derniers étaient apportés par un officier [1]. Radama, considérant la bonne mine et la discipline croissante de ses troupes, voulut tenter une nouvelle expédition dans le nord-est de l’île contre les Sakalaves. Les Anglais l’encourageaient beaucoup à porter ses forces sur la côte orientale de l’île et à se déclarer maître de tout le pays ; c’était le moyen imaginé pour empêcher les Français de s’établir sur aucun point du littoral. Malgré l’amitié jurée entre les Anglais et les Ovas, la confiance n’était pourtant pas sans bornes du côté des Malgaches ; on rapporte que, dans les circonstances où Radama consentit à monter sur un navire de sa majesté britannique, des otages avaient été exigés.

  1. Cette circonstance est rapportée par Ellis, History of Madagascar ; nous ne l’avons vue mentionnée dans aucun document français. Parmi les présens, il y avait un portrait de Louis XVIII.