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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/608

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juillet 1817, accompagnés du précepteur qui avait toute la confiance de l’amiral Farquhar. Radama était venu à la côte pour recevoir ses frères ; mais, comme il avait une armée de 30,000 hommes, on juge aisément que son dessein était bien plus encore de faire reconnaître son autorité et de punir le chef d’Ivondrouna, frère de Jean René, pour une parole injurieuse qui avait été répétée. A l’origine, les Anglais s’étaient bornés à entretenir Radama de liens d’amitié et à faire des cadeaux propres à les cimenter. Maintenant la question du trafic des esclaves devait être soulevée ; M. Hastie fut chargé de la délicate mission. Pour se rendre à Tananarive, l’agent anglais se trouva dans l’impossibilité de suivre la même route que le roi et l’armée : il fallait choisir des chemins praticables pour les bêtes de somme et surtout pour des chevaux destinés au souverain des Ovas ; on attendait un merveilleux effet d’un tel présent. M. Hastie eut un voyage pénible ; les villages réduits en cendres, les cadavres gisant sur le sol, la misère des habitans, attestaient les désastres causés par la guerre. Aux approches de la ville, l’ambassadeur fut salué avec les démonstrations dont le capitaine Le Sage avait été honoré. La réception royale ne laissa rien à désirer. Radama n’était plus le Malgache de l’année précédente : vêtu d’un habit écarlate et d’un pantalon bleu, portant un chapeau de général et des bottes vertes, il se montrait fier d’un luxe qu’il devait à ses nouveaux amis. L’installation des visiteurs anglais fut l’objet de soins minutieux. Dans ses premiers entretiens avec le roi, M. Hastie se préoccupa de l’état déplorable des chemins et fit ressortir les avantages, des bonnes routes ; les raisons données eurent un plein succès. Un incident particulier aussitôt saisi amena la conversation sur la traite des esclaves. En cette occasion, l’agent britannique employa toute son éloquence. — Le gouvernement de la Grande-Bretagne ne voulait rien dicter à l’égard des coutumes du pays ; l’amiral Farquhar voyait dans le roi des Ovas l’homme le plus éclairé de sa nation, il était certainement le plus puissant ; l’abolition du trafic des esclaves augmenterait sa puissance comme sa richesse et immortaliserait son nom. Alors interviendrait un traité pour empêcher l’exportation de ses sujets. — Flatté, sinon convaincu, Radama ne témoigna que de la bonne humeur. C’était le moment de fortifier l’effet des paroles par quelques jolis présens ; une pendule fit l’admiration du souverain, qui, sans souci de la dignité royale, se mettait à danser quand elle sonnait. Une boussole et une petite mappemonde où le roi se plaisait à reconnaître la situation de Madagascar causèrent encore de bien agréables surprises. Radama monta un des chevaux amenés à son intention, et sa joie devint inexprimable ; après le premier essai d’équitation, il riait, criait,