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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/604

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Tandis que l’administration française réunissait des commissions, réclamait des rapports, discutait sur les points où l’on devait s’établir, les Anglais déployaient toute l’activité imaginable pour acquérir une influence prépondérante sur les habitans de Madagascar. Un changement considérable s’était effectué depuis peu dans la condition politique de la Grande-Terre. Le peuple ova, autrefois relégué dans l’intérieur de l’île, absolument inconnu à nos anciens colons du fort Dauphin, signalé en termes très simples par Le Gentil et Sonnerat, avait étendu sa domination sur les peuplades voisines, et faisait reconnaître son autorité jusqu’à la côte. Autrefois soumis à différens chefs, les Ovas s’étaient longtemps fait la guerre. Au commencement du siècle, Impoina conquit la province d’Imerina tout entière, et le renom du vainqueur détermina la soumission des chefs de plusieurs districts. Le fils du conquérant, Radama, était devenu roi en 1810, à l’âge de dix-huit ans [1] ; homme plein d’énergie, souvent cruel, mais supérieur à ses compatriotes par les qualités de l’esprit, il devait au contact des Européens prendre goût aux formes de la civilisation et accroître son ambition. Sir Robert Farquhar comprit l’intérêt de gagner les bonnes grâces de ce souverain rempli d’orgueil, qui rêvait à sa grandeur, assis sur une natte et enveloppé d’un lamba. En 1816, le gouverneur de l’île Maurice se hâta d’envoyer son aide-de-camp, le capitaine Le Sage, près de Radama, dans le seul dessein avoué d’établir des relations d’amitié. L’agent anglais entreprit résolument le voyage de Tananarive, la capitale des Ovas ; — d’énormes difficultés de tout genre, une saison déplorable, des pluies continuelles, le débordement des torrens, le danger d’être pris entre deux rivières infranchissables, l’absence de chemins, la perspective de manquer de vivres, n’arrêtèrent pas l’intrépide officier. Le capitaine Le Sage trouva le pays magnifique, néanmoins la route était bien pénible ; pendant le trajet, plusieurs de ses compagnons succombèrent à la fatigue et aux atteintes de la fièvre, d’autres se traînèrent malades. Les indigènes, étonnés de voir des hommes blancs, les entouraient avec curiosité sans témoigner de malveillance ; mais, misérables, ils n’avaient rien à offrir, aucune assistance à donner. Dans les fonds, même dans les endroits unis, la marche était presque impossible sur le terrain détrempé par la pluie ; sur les pentes, il fallait s’accrocher ou se laisser glisser. C’était un désespoir pour les malheureux voyageurs ; aussi quelle joie tout à coup ! la petite troupe se voit en présence de messagers du roi Radama qui venaient à sa

  1. Ellis, History of Madagascar, t. II, a donné des détails sur les prédécesseurs de Radama.