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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/572

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ignorans se plaignent des charges nouvelles, les plus raffinés demandent l’application rigoureuse de la théorie du régime parlementaire ; tous ensemble s’unissent pour reprocher au pouvoir de ne pas intervenir dans les élections législatives contre les candidats de l’opinion républicaine. A les en croire, nous roulons dans le radicalisme et dans l’anarchie ; nous sommes une nation perdue, et nous périrons comme la Pologne, si nous ne mous hâtons d’assurer notre avenir en nous mettant sous l’égide miraculeuse d’une monarchie de droit divin ou sous la tutelle immorale d’un grossier césarisme.

La vérité, c’est que tout va bien, aussi bien du moins qu’on pouvait l’espérer après des malheurs tels que les nôtres. Qu’on se reporte seulement à l’année dernière ; qu’on se rappelle l’état déplorable où le gouvernement actuel a trouvé la France : une moitié du territoire envahie, la capitale insurgée, le trésor vide, le désordre dans tous les services, le trouble dans les esprits, le pays menacé de dissolution, et au milieu de cette tempête, comme seul refuge de l’ordre légal et de la nationalité française, une assemblée élue à la hâte, ballottée de Bordeaux à Versailles, battue à la fois par la guerre étrangère et la guerre civile, sans autre puissance que celle de son droit. Que les conservateurs de bonne foi mesurent le changement qui s’est accompli depuis lors, et qu’ils nous disent quel autre gouvernement aurait pu mieux faire. Si l’inquiétude règne encore dans les esprits, la faute en est-elle au gouvernement, qui veut la calmer, ou aux partis, qui l’entretiennent pour s’en servir ? Si l’opinion publique se détourne un peu plus qu’il ne faudrait des idées conservatrices pour se rapprocher des opinions radicales, faut-il en accuser le gouvernement qui proclame la république conservatrice, ou les royalistes qui s’obstinent à confondre la cause conservatrice avec celle d’une monarchie à jamais répudiée par la France ? Si l’assemblée nationale elle-même est lasse de ces divisions et de ces combats stériles qui l’affaiblissent, la discréditent, et discréditent malheureusement avec elle les institutions parlementaires, pourquoi ne se résigne-t-telle pas à jeter l’ancre dans le port de la république conservatrice ? Ce sera un sujet d’étonnement pour l’histoire ; elle ne comprendra pas que des hommes modérés, qui devraient mettre l’intérêt national avant l’esprit de parti ou l’esprit de système se soient obstinés, après quinze révolutions, dans un pays dont l’existence même dépend de son repos, à empêcher un gouvernement honnête de s’établir, et que, dans leur dépit de ne pouvoir restaurer la monarchie, ils se soient faits les ennemis d’une république qu’ils pouvaient adopter et diriger eux-mêmes dans le sens des intérêts conservateurs.

Ce reproche ne saurait s’adresser aux partisans de la royauté légitime : croyans convaincus, fidèles serviteurs d’un principe