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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/57

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ainsi appelée du nom du capitaine portugais Antomoi Gillo, qui en fit la découverte. La vaste baie devait attirer les navigateurs et les colons. Tout au fond, l’îlot de Manhabé, « fertile au possible en toute sorte de vivres, » dit Flacourt, offrait des ressources multiples. Avant l’arrivée des Français, les Hollandais, qui venaient acheter des esclaves et du riz, avaient laissé une douzaine d’entre eux : sur cet îlot ; les uns étaient morts de la fièvre, les autres s’étaient fait tuer pour avoir montré trop d’insolence envers les gens du pays. Au temps de Flacourt, les Français n’avaient effectué aucune reconnaissance dans le nord de Madagascar, c’est-à-dire de la baie d’Antongil au cap d’Ambre.

Nos anciens colons apprécièrent tout de suite les avantages d’une île voisine de la côte, située au sud de la grande baie : Nossi-Bourah ou Nossi-Ibrahim des indigènes, Sainte-Marie des Français. La facilité de se garantir contre les attaques des Malgaches, la proximité de la Grande-Terre, un bon mouillage, des moyens d’existence de tout genre, invitaient à prendre possession de l’île. La description de Sainte-Marie est tracée par notre historien avec une sorte d’enthousiasme. Des collines et de nombreuses petites rivières rendent le pays plein d’agrément, les pâturages, sont magnifiques, le riz est partout cultivé, les cannes à sucre, les bananes, les ananas, abondent ; le tabac, importé par les Français, pousse à merveille et acquiert d’excellentes qualités ; il y a dans les bois des gommes et des résines dont les indigènes font des parfums, sur le rivage de L’ambre gris qu’on brûle pendant les sacrifices ! , dans les récifs se voient les plus beaux rochers de corail blanc où les nègres vont chercher des coquillages qu’ils vendent aux Européens. Tous les habitans primitifs de l’île, gouvernés par un chef suprême, prétendaient descendre de la race d’Abraham.

Les Français avaient contourné en partie la côte méridionale de Madagascar, et soit par mer, soit en traversant le pays, ils avaient visité dans le sud-ouest les Mahafales et fréquenté l’embouchure de : la rivière Anhoulahine, que les Européens nomment la baie de Saint-Augustin. Lorsque des bords de cette rivière de Fantsaïra, voisine du fort Dauphin, qu’on a passé en allant explorer la côte orientale ; on se dirige vers le sud-ouest, le pays a l’aspect le plus triste ; il faut marcher pendant plusieurs heures sur une plage sablonneuse pour atteindre un petit cap, et, un peu plus loin, l’anse de Ranoufoutsy, autrefois célèbre par le séjour des Portugais. La province d’Anossi, ou le territoire des Antanosses [1], est limitée à l’ouest par le Mandreré, une rivière rapide comme un torrent et

  1. On remarquera l’emploi de. ces deux expressions : la province d’Anossi et les Antanosses ou Antanossi ; les Antanossi signifie les gens d’Anossi. La préposition malgache ant (là) ; jointe au nom de province, présente partout le même sens.