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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/56

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autre façon : les olis, dont parlent avec complaisance presque tous les voyageurs qui ont visité la grande île africaine.

Sans perdre la trace de nos premiers explorateurs marchant sur le littoral, on traverse successivement divers cours d’eau ; les plus importans sont le Mananzarine et le Mahanourou, qui limitent le pays des Antavares. Le Mananzarine, est une large et belle rivière navigable pour des barques. Des Français, séduits par la fertilité du sol, s’étaient établis autrefois sur les bords du fleuve ; ils avaient été massacrés. De l’or en poudre avait été vu entre les mains des indigènes, et le chef de notre colonie ne manque pas d’insister sur cette circonstance. Toute la côte, depuis le Mahanourou jusqu’au fond de la baie d’Antongil, est parcourue sans donner lieu à beaucoup d’observations. On remarque cependant le port de Tamatave, qui dans le siècle actuel est devenu le principal port de l’île. Les habitans de la contrée sont favorablement appréciés par nos compatriotes ; ils sont bons, dit Flacourt, se montrent très soigneux de cultiver la terre, allant au travail dès le matin pour n’en revenir que le soir. La manière dont ces cultivateurs naïfs préparent le sol et sèment le riz est vraiment simple et curieuse. Des bois de bambous sont livrés aux flammes ; les tiges creuses et garnies de nœuds, étant fortement chauffées, éclatent avec fracas ; le vacarme est incroyable même à grande distance. Les bambous consumés, la terre disparaît sous une couche de cendre ; bientôt détrempée par la pluie, la cendre pénètre dans le sol et fournit les sels nécessaires à la végétation, bien à l’insu des Malgaches. Le moment est venu d’ensemencer ; les femmes et les filles du village se rendent sur la plantation marchant de front, un bâton pointu à la main. Sans se baisser, elles font un trou avec la pointe de l’instrument, jettent d’eux grains de riz, et du pied recouvrent la semence et nivellent le terrain. Les travailleuses agissant avec une parfaite simultanéité et en dansant, l’opération s’exécute avec une étonnante rapidité. Les habitans dès environs de Tamatave ont quelques croyances qui paraissent provenir du judaïsme ou du mahométisme : ils font des sacrifices d’animaux ; comme dans les autres parties de l’île, le privilège d’immoler les victimes appartient aux nobles.

A quelques lieues au nord de Tamatave, un petit cap, Foule-pointe, est l’objet de l’attention de nos premiers explorateurs : les roches qui s’avancent dans la mer forment un abri pour les vaisseaux. En remontant la côte, on arrive bientôt devant une belle rivière accessible à des barques, c’est le Manangourou ; les plus indifférens contemplent la scène : les rives sont parsemées de blocs de quartz ; l’effet est saisissant. Un peu plus loin se dessine la grande découpure de la côte orientale de Madagascar : la baie d’Antongil,