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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/550

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Au lieu de chauffer l’air dans une chaudière au-dessus d’un foyer, on s’est avisé de le chauffer dans le cylindre même par l’explosion d’un mélange d’air atmosphérique et de gaz d’éclairage. C’est la jolie machine bien connue sous le nom de moteur Lenoir, et dont le véritable inventeur est Lebon, ingénieur des ponts et chaussées, qui en a donné la description fort complète dans le brevet qu’il prit en 1799 pour l’invention de l’éclairage au gaz. L’appareil Lenoir n’a pas de chaudière : aucune explosion n’est à craindre, il peut par conséquent s’installer partout sans aucune formalité d’enquête et d’autorisation ; il est léger et tient peu de place ; il se met en marche et s’arrête à la minute. Ces qualités sont précieuses pour la petite industrie, bien que la machine à vapeur d’eau soit beaucoup plus économique. Dans une grande ville, il existe quantité de petits ateliers auxquels il faut un moteur de faible puissance. On a souvent proposé de leur distribuer, par des procédés ingénieux la force motrice que produirait une grande usine centrale ; aucun de ces projets n’a réussi. Le moteur Lenoir est le seul moyen de substituer dans ces ateliers le travail mécanique au travail à bras d’hommes, qui devient de jour en jour plus coûteux, et qui d’ailleurs est à tous égards une mauvaise manière d’employer l’activité humaine.

Perdre de la chaleur, c’est perdre de la force. Parmi toutes les causes de déperdition de chaleur, voici l’une des plus importantes. L’eau d’alimentation est introduite dans la chaudière à la température ordinaire, soit à 12 ou 15 degrés en moyenne. Le mélange de vapeur et d’eau condensée qui sort du cylindre après avoir produit son effet sur le piston conserve une température bien voisine de 100 degrés. Le calorique que représente cette différence de température de l’eau entre l’entrée et la sortie de la machine est une perte nette qu’il faudrait éviter. On y remédie, tout au moins partiellement, par la détente, par la condensation et par diverses autres façons d’employer la chaleur perdue. La détente consiste à n’introduire la vapeur dans le cylindre que pendant la première moitié ou le premier tiers de la course du piston ; on coupe ensuite la communication entre le cylindre et la chaudière, et la vapeur épuise sa force expansive dans le cylindre tandis que le piston achève sa course. Pour employer la condensation, on fait circuler dans un serpentin la vapeur issue du cylindre, et l’on échauffe par ce moyen une certaine quantité d’eau qui sert ensuite à l’alimentation de la chaudière. La détente et la condensation peuvent au surplus se combiner ou s’employer séparément. L’appareil condensateur étant assez volumineux, les constructeurs le suppriment quand la machine n’est pas absolument fixe, comme dans les locomotives et les