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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/535

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Seconds mansi serviles. Ce bail était souvent héréditaire. Les paysans devaient au propriétaire des prestations en nature ou en travail. Les hommes libres lui devaient en outre le service militaire.

Il est une autre question qui n’est point non plus très bien éclaircie. Comment le régime féodal, avec sa hiérarchie de classes subordonnées les unes aux autres, est-il venu en Allemagne remplacer un régime où l’égalité était garantie par le partage périodique des terres ? Ce qui caractérise le régime féodal, c’est le fief, le feod, le beneficium, c’est-à-dire le bien donné en jouissance usufruitière comme rétribution d’un certain service à rendre. Le suzerain concédait la jouissance à vie d’un domaine à la condition que celui qui en était investi le suivît à la guerre ou administrât une partie du territoire. Primitivement, bien entendu, il ne s’agissait ni d’administrer ni de concéder des bénéfices, car les villages se gouvernaient eux-mêmes d’une façon indépendante, et le souverain n’était qu’un chef militaire élu par ses guerriers. Cependant M. Maine, d’accord en cela avec M. Laferrière, croit que les origines du régime féodal se discernent déjà dans les coutumes juridiques des derniers temps de l’empire romain. Dans le régime féodal, on distinguait deux sortes de tenures : la tenure militaire et la tenure censive. La tenure militaire était celle du noble portant les armes, qui devait suivre le suzerain à la guerre, assister à ses plaids, rendre la justice en son nom, faire en un mot des actes de gouvernement et d’administration. La tenure censive était celle du cultivateur qui devait à SOL supérieur des prestations en nature et en travail. C’était une relation économique de l’ordre civil. Ces deux formes de tenure existaient dans l’empire romain. Les propriétaires de latifundia comprirent qu’au lieu de faire cultiver leurs terres par des esclaves, travaillant mal sous la surveillance d’un majordome toujours porté à voler le maître, il valait mieux concéder l’exploitation à des colons, coloni, jouissant des produits de leur travail moyennant une partie de la récolte. Ces colons étaient intéressés à bien cultiver ; le produit total était plus grand, et par suite, quoique leur condition fût améliorée, le revenu du maître plus considérable. C’est ainsi que s’est formée la classe des coloni medietarii, des métayers, qui s’est perpétuée jusqu’à nos jours. La condition des serfs en Germanie, telle que la dépeint Tacite, était semblable à celle des coloni romains. Chacun-avait sa demeure, le maître exigeait seulement une certaine redevance en blé, en bétail, en vêtemens, comme il l’aurait fait d’un colon, ut colono injungit. L’emphytéose devint aussi un mode de tenure très général. Le propriétaire concédait à un cultivateur la jouissance héréditaire d’un bien moyennant paiement d’un « canon » ou fermage annuel et d’un droit en cas de transmission du bien.