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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/50

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volontiers son domaine, s’il en a la possibilité. A leur tour, des chefs de district exercent une autorité plus ou moins indépendante. Il ne faut donc pas croire à des circonscriptions intérieures déterminées comme dans les états pourvus d’une vaste administration.

Tous les livres de géographie le répètent : l’existence de l’île de Madagascar fut pour la première fois annoncée à l’Europe en 1506. Par un hasard dû à la tempête, une flotte portugaise, sous la conduite de Fernan Suarez, se trouva portée sur la côte de cette terre encore inconnue. Le navigateur cita le pays comme « ayant une grande étendue et une population nombreuse, de mœurs douces, à qui n’avait jamais été prêchée la foi du Christ. » D’après une autre version, c’est Laurent d’Almeida qui en fit la découverte en se rendant aux Indes orientales. La Grande-Terre fut appelée l’île de Saint-Laurent, Isla de San-Lorenço, en mémoire de l’heureux amiral, disent les uns, en l’honneur du saint que l’église fêtait le jour de la rencontre, affirment les autres. Des navigateurs portugais, le célèbre Tristao da Cunha en particulier, vinrent bientôt reconnaître la configuration de cette terre et examiner quelque peu la nature de la contrée ; on dessina d’une façon assez grossière les contours de l’île, et la carte dressée par Boamaro resta en usage jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Des descriptions pompeuses du pays enflammèrent les esprits ; on rêva de mines d’or et d’argent. C’était assez pour encourager les aventures ; mais les résultats ne répondirent point aux espérances, et les Portugais se contentèrent de la traite des esclaves. Des missionnaires de la même nation avaient cru trouver un champ favorable pour opérer des conversions et civiliser un peuple barbare ; ils se firent égorger. En 1548, les Portugais s’étaient établis sur la côte méridionale, au fond de l’anse de Ranoufoutsy, nommée par les Européens l’anse aux Galions. Ils avaient élevé une maison de pierre sur l’îlot de Trangvate, que les Français appelèrent longtemps l’Ilot des Portugais. Un siècle plus tard, les murailles encore debout demeuraient les témoins d’une tentative malheureuse. Suivant une tradition, les grands du pays d’Anosse avaient persuadé au chef de la colonie de fêter en commun l’achèvement de l’habitation ; d’après une autre version, la réjouissance aurait été convenue pour célébrer une victoire des Portugais, aidés des indigènes, contre d’autres Portugais installés en un lieu voisin. Quoi qu’il en soit, au jour prescrit, les chefs malgaches viennent accompagnés de quelques centaines d’hommes portant quantité de vin de miel. Au milieu des épanchemens, le commandant européen est prié de montrer ses richesses. Les coffres ouverts, des étoffes et des objets de toute sorte sont étalés, de l’or recueilli dans le pays par les pères jésuites, qui n’étaient pas tout à fait insensibles aux biens terrestres, est exposé. Devant de pareils