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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/466

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qu’aigrir les passions et se jeter aveuglément dans une voie sans issue, tandis que, si l’on s’attachait à s’affermir sur le terrain qu’on a conquis, à régulariser sans parti-pris l’action parlementaire, à traiter pour elles-mêmes les grandes questions de reconstitution nationale, on travaillerait plus utilement à préparer l’avenir.

Sans doute, nous ne le méconnaissons pas, il est très important pour le pays de savoir ce que pensent la droite et le centre droit, quelles combinaisons ils tiennent en réserve, comment ils entendent remplacer un gouvernement qui a représenté jusqu’ici la France dans les heures les plus périlleuses, et qui a eu du moins la fortune de tenir tête aux plus formidables orages. Le pays ne peut que s’intéresser aux solutions méditées par des hommes d’esprit, devenus tout à coup quelque peu aventureux sans le vouloir ; mais, à dire vrai, il est peut-être plus intéressant pour lui de savoir comment il délivrera son territoire encore occupé par l’étranger, par quel prodige de crédit il pourra se procurer la colossale rançon qui lui est imposée, quels sacrifices il doit faire pour élever son budget à la hauteur des charges dont il a reçu le pesant héritage. Ceci est un peu plus important que de batailler sur des nuances et des subtilités, et la pire des tactiques serait d’aborder de telles questions avec un esprit aigri par les préjugés de parti, avec une bonne volonté attiédie par des ressentimens mal déguisés. Qu’on discute sur le pacte de Bordeaux, sur la république provisoire ou définitive, sur une élection au caractère équivoque, sur les procédés de gouvernement employés par M. Thiers, soit, on pourra s’en occuper quand il en sera temps ; pour aujourd’hui, tout cela pâlit quelque peu, il faut en convenir, devant ces deux faits tout récens qui résument notre politique, et qui sont singulièrement propres à tempérer les impatiences, en ravivant dans les âmes l’inexorable sentiment des choses, en nous remettant en face de cette réalité terrible avec laquelle nous n’en avons pas fini. L’autre jour, M. le ministre des affaires étrangères a porté à l’assemblée le traité nouveau qu’on vient de signer avec l’Allemagne, et qui règle les conditions pratiques de la libération de la France en proportionnant l’évacuation graduelle du territoire aux paiemens échelonnés de l’indemnité de guerre dont nous restons encore comptables vis-à-vis de la Prusse. Peu de jours après, M. le ministre des finances venait à son tour soumettre à l’assemblée un projet d’emprunt de 3 milliards 500 millions pour assurer au gouvernement les moyens d’exécuter la convention libératrice. Ces deux faits, assurément fort expressifs par eux-mêmes et commentés avec autant de simplicité que de droiture par les deux ministres, résument tout et disent tout. Ils marquent une étape nouvelle dans cette voie où la fatalité de la guerre nous a laissés, il y a plus d’un an, et où nous avons à reconquérir pas à pas nos provinces laissées en gage. Dans tous les cas, ils devraient suffire à rappeler que, lorsqu’on a une œuvre semblable à