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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/452

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homme de parti, ce serait là un beau commencement de revanche. De ces revanches-là, nul ne peut prendre ombrage : il dépend de nous qu’elles soient complètes, et nulle puissance au monde ne peut empêcher qu’elles préparent l’avenir.

Les meilleures parties, les pièces qui rafraîchissent le sang et rendent le courage aux vrais amis de la poésie, sont, après celle de Sedan, une Bombe aux Feuillantines, trois pages dans la Loi de formation du progrès, titre pesant et opaque d’ailleurs, Petite Jeanne, l’Enfant malade ; ajoutons la Lettre par ballon pour son originalité, plusieurs autres encore. Là il n’est pas nécessaire de penser comme M. Hugo, l’homme de parti, pour admirer le poète : il n’en faut pas davantage pour être assuré que ces morceaux iront rejoindre leurs brillans aînés dans les beaux recueils signés de son nom, lorsque ce nom signifiait toujours poésie, jamais haine ou colère. Quel retour inattendu vers l’âge d’or du poète dans une Bombe aux Feuillantines !

Un jardin verdissait où passe cette rue.
L’obus achève, hélas ! ce qu’a fait le pavé.
Ici les passereaux pillaient le sénevé,
Et les petits oiseaux se cherchaient des querelles ;
Les lueurs de ces bois étaient surnaturelles !
Que d’arbres ! quel air pur dans ces rameaux tremblans !
On fut la tête blonde, on a des cheveux blancs ;
On fut une espérance, et l’on est un fantôme.
Oh ! comme on était jeune à l’ombre du vieux dôme !
Maintenant on est vieux comme lui. Le voilà :
Ce passant rêve ; ici son âme s’envola
Chantante, et c’est ici qu’à ses vagues prunelles
Apparurent des fleurs qui semblaient éternelles.


A cinquante-sept ans de distance, ce qui fut un séjour de paix et d’innocence bénie est foudroyé par l’ennemi. Paris, des nuits entières, attendait alors les obus prussiens dans un silence étouffé que rompaient seulement les craquemens atroces. Beaucoup de gens eurent leurs chères victimes : tôt ou tard elles seront oubliées ; mais ce que la poésie a touché dure éternellement. On ne lira plus bien des pages de ce livre où il est parlé de droits, de progrès, de l’univers, de l’infini ; on se rappellera ce lieu perdu dans l’enceinte immense de la cité, et ce que l’auteur en a dit à deux reprises, quand il était dans tout l’éclat de son talent, et quand il jouissait encore de sa robuste vieillesse. En dépit de tout ce qu’il pourrait faire, en dépit des torrens de vers philosophiques et politiques dont il pourrait accabler ce simple retour sur le passé, on laissera de côté les plaidoyers, les théories, les diatribes, et l’on rapprochera l’admirable pièce des Rayons et des Ombres de cette