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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/399

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Après une telle défaite, aucun soulèvement ne paraissait plus à redouter du côté des paysans. On ne se préoccupa guère d’alléger leur condition et de tenir compte de leurs griefs. Dans les pays où la rébellion avait été la plus décidée et la plus tenace, si l’on en excepte toutefois le Palatinat, il semble même que la situation des gens de la campagne se soit à divers égards empirée aussi par le fait des dévastations commises par les soldats de la ligue et des princes. Ce qui est hors de doute, c’est que les dîmes, les corvées, les redevances, les péages, les tailles et les servitudes continuèrent comme par le passé. Non-seulement les paysans furent partout désarmés, mais ils perdirent en une foule de lieux le droit de réunion, dont ils étaient en possession depuis des siècles. La liberté religieuse qu’ils réclamaient leur fut refusée. Les seigneurs ecclésiastiques reprirent avec leurs domaines la jouissance de tous leurs droits. Bien préférable fut à coup sûr le sort des diverses populations qui, tout en réclamant une diminution des charges dont elles étaient accablées, ne participèrent point à l’insurrection, ou tout au moins s’abstinrent des violences commises ailleurs. A Sulz, le comte fit un accord avec ses sujets, en réglant à l’amiable les réclamations de ceux-ci. Dans le Brisgau, l’archiduc Ferdinand enjoignit aux autorités de faire droit aux plaintes des habitans. Les états de la Haute-Autriche s’opposèrent à ce qu’aucune contribution de guerre fût imposée aux paysans qui avaient émis les mêmes vœux que les rebelles. Dans le Tyrol, les gens des campagnes obtinrent davantage. Un code nouveau fut rédigé qui abrogeait la petite dîme et diverses prestations introduites abusivement, accordait une certaine part à la jouissance de la pêche et de la chasse, et supprimait les redevances qui ne reposaient pas sur des titres, anciens et réguliers. L’archiduc Ferdinand fit aussi quelques concessions en matière religieuse : les villes et les tribunaux eurent le droit de présenter des candidats aux fonctions ecclésiastiques, et l’on promit, comme le réclamait l’un des douze articles, que les pasteurs prêcheraient le pur Évangile. Les sujets de l’archevêque de Salzbourg, qui s’étaient pourtant mutinés contre le gouvernement despotique et intolérant de ce prélat, et avaient résisté aux troupes que l’archiduc lui prêta pour triompher de la révolte, obtinrent finalement des conditions tolérables.


III

Quoiqu’elle ait été de fort courte durée, la guerre des paysans laissa en Allemagne des traces profondes ; elle amena bien des souffrances, amoncela bien des ruines et versa des flots de sang. Elle