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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/387

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Maximilien, vit arracher de ses bras son jeune fils, qui eut en sa présence la tête écrasée par les forcenés, que les larmes de la malheureuse mère n’avaient pu toucher. Elle dut supporter les plus indignes traitemens et fut conduite à Heilbronn avec quelques femmes de sa suite dans un tombereau plein de fumier. Une mégère qui excitait la bande des cannibales plongea son couteau dans les entrailles du comte étendu sans vie à ses pieds, et graissa sa chaussure avec le sang et la matière qu’elle en retira. Cependant Wendel Hippler parvint à faire adopter par le conseil des paysans des plans plus sensés et des déterminations moins furieuses ; il lui persuada de choisir pour général des forces insurrectionnelles un homme de guerre expérimenté, et lui désigna le fameux Götz de Berlichingen, le chevalier à la main de fer, que le drame de Goethe a immortalisé.

Le château de ce seigneur se trouvait au cœur du pays insurgé ; Götz était un de ces hobereaux obstinément attachés au droit de guerre privée, au Faustrecht (droit du poing), qui entendaient rester maîtres d’exercer à leur profit le brigandage et de vexer à plaisir le vilain. Un jour, les bourgeois de Heilbronn, qu’il avait voulu molester, s’emparèrent de sa personne, l’enfermèrent dans un donjon, qui a gardé en mémoire de cet événement le nom de tour du larron (Diebsthurm), et lui firent payer une rançon de 2,000 florins. Götz traitait ses sujets avec une extrême dureté. Ce n’était donc rien moins qu’un homme populaire et un champion de la justice et de l’égalité ; mais il s’était fait un nom par la vigoureuse résistance qu’il avait opposée à la ligue de Souabe, en soutenant le duc Ulrich. Batailleur d’une audace et d’une énergie peu communes, il était très propre à diriger une révolte. Les insurgés lui envoyèrent demander de se mettre à leur tête. Il hésita quelque temps, car il avait si peu pensé à embrasser leur cause, qu’il était en pourparlers avec l’électeur palatin Louis pour réprimer de concert avec lui la sédition. Il céda enfin, mais fit ses conditions ; et, comme il ne tolérait pas chez autrui ce qu’il se permettait lui-même, il exigea que les paysans se soumissent à une discipline militaire et s’abstinssent de tout acte de destruction et de pillage. On promit, mais on ne tint pas. Götz, dégoûté, abandonna son commandement et se retira pour quelque temps dans son manoir, dont il ne sortit que sur les instances de Wendel Hippler. C’est alors que Metzler prit la direction de l’armée rebelle. Grâce à sa persévérance et à sa fermeté, un peu d’ordre et d’obéissance régna dans les corps placés sous ses ordres. Des proclamations fort sévères enjoignirent le respect des propriétés privées, l’observation des lois existantes, l’acquittement des dettes régulièrement contractées. Götz