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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/378

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La rupture entre les biblistes et les zwingliens était déjà complète vers la fin de l’année 1523. Tel avait été le résultat de la conférence publique instituée sur la question de la sainte cène. Grebel s’était prononcé en faveur de l’interprétation la plus rationaliste ; il fut appuyé par Stumpf et plusieurs des étrangers établis depuis peu à Zurich. Zwingli et ses adhérens l’emportèrent, et le sénat reconnut définitivement pour religion de l’état le christianisme réformé selon les vues de son grand docteur. Les biblistes protestèrent ; ils résolurent de se séparer de l’église proclamée nationale. Le schisme passa d’abord assez inaperçu, car les dissidens étaient clair-semés. Dans leurs assemblées, on discutait des points de doctrine, on y arrêtait les moyens d’assurer à la petite église plus d’action, car les biblistes continuaient leur propagande dans le peuple. Leur idéal était de revenir à la société chrétienne primitive ; ils se proposaient en conséquence pour modèles les premières communautés de fidèles telles qu’elles nous apparaissent dans le Nouveau-Testament. Tout ce qui avait été ajouté depuis à la religion n’était aux yeux de ces sectaires que superstitions et qu’erreurs. De là entre eux et les anabaptistes allemands une extrême affinité. Les uns et les autres voulaient l’abolition des servitudes, des dîmes, des redevances, de l’intérêt de l’argent, des bénéfices et de la propriété ecclésiastiques. Les uns et les autres substituaient à l’autorité impérieuse de la loi civile et politique les préceptes de l’Évangile. Les biblistes condamnaient la guerre, l’emploi des châtimens corporels, et n’admettaient d’autre pénalité que l’expulsion de la communauté. Quant au culte, ils rejetaient toute cérémonie, tout rite, toute manifestation extérieure ; ils se bornaient à prier, à lire la Bible en commun et à s’édifier mutuellement par de pieux entretiens.

Repoussés par la bourgeoisie zurichoise, les biblistes cherchèrent à l’extérieur un appui. Ils se tournèrent tout naturellement vers les apôtres de la réforme en Allemagne, dont les idées se rapprochaient des leurs, tels que Carlstadt, Strauss, Münzer, et adoptèrent définitivement la doctrine de la rebaptisation. Les anabaptistes de leur côté, en quête de prosélytes, leur tendirent la main. Carlstadt, après avoir quitté Orlamünde, s’était rendu en Suisse pour voir Zwingli, espérant qu’il s’entendrait mieux avec lui qu’il ne l’avait fait avec Luther. Il visita la petite communauté bibliste, dont il avait déjà reçu des lettres et à laquelle il avait adressé des paroles d’encouragement. Münzer, vers la même époque (octobre 1524), quitta Nuremberg et parcourut la Souabe méridionale en allant à Waldshut conférer avec Hubmaier. Les biblistes zurichois l’invitèrent à venir parmi eux, et il assista à quelques-unes de leurs réunions.

Tandis que les apôtres de l’anabaptisme et du radicalisme