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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/371

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d’Eisleben, Carlstadt l’avait devancé dans son appel à la décision d’un concile. Il faisait bon marché de la tradition et n’entendait accepter pour guide que l’Écriture, tout en émettant des doutes sur l’origine mosaïque de l’ensemble du Pentateuque et sur l’authenticité absolue des Évangiles. On comprend donc qu’il ne reculât pas devant une transformation religieuse où presque rien ne subsisterait des idées et des rites de l’église. Son éloquence, où l’inspiration remplaçait la logique, lui attira de nombreux admirateurs. C’était le moment où différentes villes commençaient à remplacer leurs curés par des apôtres des nouvelles doctrines évangéliques. Carlstadt fut appelé en qualité de prédicateur par un bourg de la Thuringe, Orlamünde, où le parti luthérien était devenu le plus fort. Il y attaqua sans ménagement la messe et le culte des images, et abolit toute l’ancienne liturgie, toutes les formes qui font l’essence du culte catholique, et que Luther conservait encore. Dans son admiration sans réserve pour l’Ancien-Testament, il s’efforça de remettre en vigueur diverses prescriptions de la loi de Moïse ; il alla jusqu’à autoriser la polygamie. Ne respectant pas plus l’autorité temporelle que l’autorité spirituelle, il professa hautement le droit à l’insurrection ; lorsque le gouvernement ne s’acquittait pas de son devoir, le peuple, disait-il, avait le droit de le renverser. Loin d’opérer la réforme de l’église chrétienne, c’était en préparer la destruction en ébranlant les bases d’une société dont elle faisait le principal lien.

Quelques autres fauteurs de l’insurrection religieuse s’engagèrent dans les mêmes voies et prêchèrent ouvertement le retour aux idées de l’ancienne alliance. A Eisenach, Jean Strauss condamnait, comme contraire à la loi de Dieu, le prêt à intérêt, demandait le rétablissement de l’année sabbatique des Juifs, et déclarait infectées de paganisme les lois de l’empire. A Zwickau, en Saxe, un simple drapier, Nicolas Storch, égaré par les rêveries du millénarisme, s’imagina que Dieu lui avait révélé qu’il serait placé à la tête du royaume des élus, dont l’avènement était proche, car le monde, assurait-il, allait être soumis à un effroyable bouleversement. Storch s’était fait une doctrine où les idées de Luther s’associaient à des spéculations mystiques ; il enseignait la nécessité de rebaptiser les chrétiens, ce sacrement n’ayant à ses yeux de vertu qu’autant qu’il était administré aux personnes d’âge à en comprendre les effets. De là le nom d’anabaptistes donné à Storch et à ses adhérens. La secte grossit rapidement. Le drapier enthousiaste avait fait de nombreux prosélytes chez les artisans de sa condition ; mais il rencontra dans le conseil et le clergé de Zwickau une vive résistance, et dut finalement quitter la ville. Se regardant comme un nouveau Christ, il s’était attaché 12 apôtres et 72 disciples. Tandis