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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/353

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Reste la création des écoles primaires. Le projet de loi de MM. de Barante et Waddington avait déjà parlé de la création des écoles de hameau. Aujourd’hui toutes les communes doivent avoir au moins une école, et celles qui comptent plus de 500 âmes sont tenues d’avoir deux établissemens scolaires, l’un pour les filles, l’autre pour les garçons. Lorsque les ressources ordinaires et extraordinaires des communes ne suffisent pas aux frais de ces installations, l’état et le département viennent à leur aide par des subventions presque toujours considérables. On se demande quel serait le rôle des conseils cantonaux dans la création des établissemens d’instruction primaire. A moins qu’ils ne soient destinés à donner de platoniques encouragemens dont on n’a que faire, ils sembleraient réduits à l’impuissance. Pour agir efficacement, il faudrait qu’ils eussent un budget à l’aide duquel ils subventionneraient les nouveaux établissemens ; mais des contributions levées sur toutes les communes du canton pourraient-elles être assignées à deux ou trois de ces communes pour alléger le fardeau de leurs charges particulières ? Ce que l’état peut faire comme représentant la collectivité nationale, les conseils cantonaux ne sauraient l’imiter sans porter préjudice aux intérêts qui leur sont confiés. Faut-il entendre le projet de la commission dans ce sens que les conseils cantonaux seraient appelés à faire des propositions de secours en dehors desquelles le ministre compétent ne pourrait allouer de subventions ? Cette mesure de défiance à l’égard du pouvoir central a été prise par la loi du 10 août 1871, qui a donné aux conseils-généraux le droit de l’exercer. On ne peut faire descendre plus bas l’appréciation des besoins des communes. Ici encore, le conseil cantonal, réduit à un territoire exigu, serait mauvais juge de la proportionnalité des secours. Cet inconvénient serait grave, mais il y aurait encore à redouter que, pour faire revenir à eux la popularité, les nouveaux conseils ne fissent des promesses exagérées dont l’inexécution serait reprochée à l’état. Intermédiaires créés entre l’état et la commune, pareils aux intendans de grande maison, ils desserviraient le maître et mécontenteraient les subordonnés.

Voilà en tout cas une magnifique part d’attributions revendiquée pour le-conseil cantonal. Il y a lieu de se demander comment il pourrait la justifier, c’est-à-dire quel groupe d’intérêts réels il représenterait, et quels avantages il offrirait sur les conseils d’arrondissement pour être investi d’attributions dont ces derniers ne sont pas jugés dignes. Il est bon de remarquer que nulle part en France les conseils municipaux d’un même canton n’ont jamais réclamé la réunion de leurs intérêts, et cela par la bonne raison que leur individualité trop voisine crée plutôt entre eux un antagonisme qu’un véritable rapprochement. Le projet d’unification du canton a pris naissance dans