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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/250

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flotte danoise. Tous les marins se rappellent encore le combat meurtrier dans lequel le commandant Tegethoff, avec cette audace qui devait rencontrer plus tard une si glorieuse récompense, lança le Schwartzemberg et le Radetzki à la rencontre du Niels-Juel, du Jutland et de l’Heimdal. La Prusse était représentée dans cet engagement par l’aviso l’Adler, spectateur éloigné et presque inoffensif, par les canonnières Basilisk et Blitz, acteurs impuissans dont le tir à grande distance ne fut d’aucune efficacité contre les frégates danoises. Le Schwartzemberg en flammes, difficilement couvert par le Radetzki, dut chercher derrière la ligne de neutralité d’Heligoland un refuge contre l’incendie et les boulets. Dans la Baltique, la marine prussienne n’eut rien à opposer aux chaloupes danoises qui parcouraient le Petit-Belt ; la Thetis, quoique seule, put interrompre la communication maritime avec Kiel ; Femern fut surveillé par une frégate et deux canonnières ; deux navires suffirent à la protection des côtes du Jutland ; enfin le petit navire cuirassé le Rolf-Krake inquiéta jour et nuit l’aile droite des Prussiens lorsqu’ils entreprirent le siège de Duppel. Duppel emporté, l’absence de tout matériel maritime empêcha encore les Prussiens de passer dans l’île d’Alsen, et réduisit l’action militaire à une canonnade entre Duppel et Sonderbourg, par-dessus ce bras de mer devenu pour les confédérés allemands un fossé infranchissable.

Le triomphe de la Prusse sur la confédération germanique et les annexions qui en furent la conséquence permirent enfin aux Allemands d’entreprendre la réalisation des grands rêves maritimes entrevus autrefois par les conseillers du roi Frédéric-Guillaume IV. Cette prétention, que la Prusse par l’achat d’Heppens avait laissée poindre dès 1853, de jouer dans la Mer du Nord un rôle prépondérant, prit tout à coup un développement considérable. L’annexion du Hanovre décrétée, l’ancienne commune oldembourgeoise de 109 habitans fut désignée sous le nom de Wilhelmshaven comme le grand arsenal futur de la Mer du Nord, et quand le roi Guillaume, accompagné des ducs d’Oldembourg et de Mecklembourg, en fit l’inauguration au mois de juin 1869, Wilhelmshaven avait déjà coûté 36 millions de francs.

Dès le lendemain des événemens qui la faisaient passer sous la domination de la Prusse, l’Allemagne du nord sentait la nécessité de devenir une grande puissance maritime. Le budget de 1867, dans ses prévisions, attribuait déjà à la flotte un personnel futur de 435 officiers et de 10,000 hommes ; le matériel correspondant à ce nombreux effectif comportait 16 cuirassés, 20 corvettes, 8 avisos, 22 canonnières, et comme il était impossible, même à prix