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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/240

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apprentissage de la vie, dans tous les bons lieux et en maintes situations éclatantes. De grande famille lorraine, il assiste en jeune prince de seize ans aux fêtes du mariage de l’impératrice d’Autriche Marie-Thérèse avec le duc François. Il était fort bien instruit, nous dit-on, dans les langues latine et allemande, ce qui lui permettait de beaucoup apprendre soit des Autrichiens, soit des Hongrois fidèles. De là il se rend à Florence, où le prince de Craon, père du futur maréchal, présidait un conseil en l’absence du duc François, retenu à Vienne. Une biographie par Saint-Lambert, publiée ici, a, sans le savoir et presque sans le mériter, d’assez jolis traits à cette occasion : « On pouvait craindre, écrit-il, que les mœurs de ce pays n’altérassent celles d’un jeune homme à qui son caractère et son éducation en avaient inspiré de différentes. Le prince de Beauvau eut du goût pour quelques femmes aimables qui ne donnaient pas au goût qu’elles avaient inspiré le temps de devenir des passions ; mais il porta dans ses plaisirs une délicatesse, une distinction, un esprit de chevalerie que les femmes de ce pays n’exigeaient pas. »

Lieutenant au régiment de la reine, puis colonel d’un régiment de Lorrains, M. de Beauvau se signale de bonne heure non-seulement par une grande bravoure, mais par de sérieuses qualités d’administrateur et de chef militaire ; Saint-Lambert dit de lui, remarquons-le, qu’ayant vu les armées allemandes, il voulait transporter chez nous quelque chose de leur discipline et leur science pratique. Après avoir fait diverses campagnes dans la guerre de 1741, il contracta en 1745, à vingt-quatre ans, un mariage de convenance avec Mlle d’Auvergne, puis il continua de parcourir l’Europe, revenant parfois soit à Lunéville, où ses propres sœurs, Mme de Bouliers et Mme de Mirepoix, ornaient la cour de Stanislas, et y attiraient Voltaire et Montesquieu, soit à Paris, où il voyait une société encore plus brillante et qui lui devint bientôt plus particulièrement chère, car c’est là et, je pense, dans la société de Mme de La Marck qu’il connut Mme de Clermont, femme de M. de Clermont d’Amboise. A quel moment eut lieu cette rencontre, et pendant combien de temps les deux futurs époux durent-ils subir, chacun de son côté, le poids de leurs chaînes contraires, ni la biographie écrite par Saint-Lambert, ni le récit rédigé par Mme de Beauvau sur la fin de sa vie, ne le disent. Mme de Beauvau ne nous transmet pas d’autres informations que celles-ci : « Depuis que j’étais devenue son heureuse femme, ses sentimens pour moi, les miens pour lui, n’avaient fait que s’accroître… Son premier mariage avait été heureux : il avait pour sa femme les sentimens qu’elle méritait… » De ce premier mariage, il avait une fille, la future princesse de Poix, pour qui Mme de Beauvau devint plus tard une seconde mère, tendre et dévouée. Ajoutez à ces circonstances le concert d’éloges des contemporains, l’absence de toute accusation dans un temps si fécond en médisances, et vous reconnaîtrez qu’il y a toute vraisemblance au renom de vertueuse conduite dès lors pratiquée, par les deux amans, M. de Clermont