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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/238

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revolver contre la poitrine de son cousin qu’il soupçonne ? Ce revolver est comme une fausse note dans la comédie : nous savons bien qu’il est intéressant de voir le vaillant cousin en danger de mort, parce qu’il est la perle des cousins et des honnêtes gens, mais nous savons aussi que M. de Valdent ne tirera pas, que cela est impossible, et nous ne voyons là que l’auteur poussant à bout son effet. Le pistolet retombe sans que le brave Jacques ait parlé. La vérité parle d’elle-même, juste ce qu’il faut pour mettre en fuite à jamais le séducteur de la femme et l’indigne prétendu de la jeune fille. Le cousin a sauvé tout son monde, y compris la tante Céleste, qui n’était pas la moins revêche ni la moins plaisante de la famille. Il a tiré des griffes du fripon mal à propos dépendu par lui les soixante mille francs qu’elle lui avait confiés. Avec M. Louis Leroy, le public a lieu de dire comme l’oncle de la comédie : « J’ai ri, me voilà désarmé. » Le succès de la comédie n’a pas été un moment contesté ; mais nous croyons avoir donné un bon conseil à l’auteur en lui recommandant d’ajouter la distinction à ses autres qualités d’esprit.

Il ne peut être question de rien de semblable dans les Cloches du soir, dont les auteurs se sont proposé uniquement de faire rire à tout prix, même aux dépens du goût. Ils ont atteint leur but, au moins jusqu’à la moitié de leur imbroglio, où l’on ne peut plus rire qu’en haussant les épaules. Ils avaient pourtant une idée plaisante. Une romance inédite, dont le titre est celui de la pièce, est composée par la jeune amoureuse, qui l’apprend à son père, qui l’apprend à une modiste du passage du Saumon, qui l’apprend à deux autres amans, le premier un artiste de fort bas degré et d’âge mûr, le second un jeune pharmacien qui a demandé la main de la demoiselle à la romance. Ces ricochets d’un air inédit que tout le monde connaît, et qui dévoile les iniquités de tout le monde, étaient déjà une comédie, et rajeunissaient un fond peu nouveau avec une teinte de vulgarité trop accusée ; mais on veut être excessivement drôle, et l’on est trivial. Ce petit acte est bouffon ; la bouffonnerie pourtant a ses règles. Nous ne doutons pas que la pièce n’amuse un certain public, surtout les Anglais qui lisent Paul de Kock et se persuadent ensuite qu’ils ont une idée de l’esprit français. Les auteurs ont de la gaîté ; mais n’ont-ils pas fait erreur en frappant à la porte du Gymnase ? et l’administration ne s’est-elle pas trompée en la leur ouvrant ?


LOUIS ETIENNE.



ESSAIS ET NOTICES.
Souvenirs de la maréchale de Beauvau et Mémoires du maréchal, recueillis et mis en ordre par Mme Standish-Noailles. — Techener 1872.


Tout livre de nature à nous instruire sur la seconde moitié du XVIIIe siècle français doit être le bienvenu, surtout lorsqu’il est, comme