Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/237

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


mari qu’on destine à la petite Blanche un coquin qu’il a vu pendre du côté de Montevideo et qu’il a tiré de ce pas difficile, car il a pour vocation de sauver tout le monde, et il l’a dérobé au supplice que ce misérable avait mérité en volant dans son tripot l’argent des Américains. S’il tente de dévoiler le fripon, nul ne veut l’écouter, on l’interrompt ; Jacques est une méchante langue, un homme noir, qui déchire les amis de la maison.

Cependant il ne se décourage pas pour si peu : cet enfant prodigue est de belle humeur, et c’est ce qui fait le succès de la pièce ; ce cousin revient aux sentimens de famille sans tourner un instant à la sensiblerie. Il a commencé par conjurer un orage qui menaçait la fortune et peut-être la vie de M. de Valdent, par dompter une émeute des ouvriers de ce dernier, car celui-ci est manufacturier, et il a besoin d’aide pour mettre l’ordre dans son usine comme dans son ménage. Jacques a braconné autrefois avec celui-ci, fait du tapage avec celui-là ; il sait donc le langage qu’il leur faut tenir. Il se tire avec honneur de cette mission qu’il se donne, et l’auteur a mis dans cette scène certains mots d’ouvrier récalcitrant qui semblent pris sur le fait. La fabrique une fois mise en sûreté, c’est le tour de Mme de Valdent. On devine que celle-ci n’aurait pas besoin d’être sauvée, s’il ne lui plaisait pas de s’exposer à se perdre. Elle est coquette, et les artifices qu’elle emploie pour maintenir en haleine les tentatives du galant sans se compromettre prouvent que M. Louis Leroy possède le secret du dialogue. Jacques trouve ici plus de difficultés que dans la répression de l’émeute ; il a moins de finesse pour écarter le péril que de sagacité pour le découvrir. En effet, s’il faut suivre à la piste les desseins de M. de Chambry, il suffit de clairvoyance et de bon sens ; mais la rondeur franche du joyeux cousin n’est pas de force à lutter contre les discours doucereux du séducteur ni contre les susceptibilités dédaigneuses de la femme coquette.

Aussi la comédie ne tarde pas à tomber dans les gros moyens. Jacques surprend un rendez-vous en entrant par une fenêtre au premier étage, ce qui suppose un espionnage peu dissimulé, sans compter l’échelle nécessaire pour atteindre à cette hauteur. Il pouvait se contenter de se montrer sur le haut de son échelle ; mais il entre, et l’on s’imagine quelle figure il peut faire entre M. de Chambry et Mme de Valdent, n’étant pas le moins gêné des trois. La pièce tourne ici au drame ; par une complication assez naturelle, surtout après l’escalade dont nous venons de parler, l’amant laisse retomber les mauvaises apparences sur Jacques : ce dernier passe pour le coupable aux yeux de l’époux. Sa généreuse franchise l’empêche de dénoncer le véritable ennemi de l’honneur du mari ; c’est encore une manière de protéger l’honneur de la femme, et cette partie de la composition y gagne en intérêt. Pourtant l’auteur n’en abuse-t-il pas quand M. de Valdent après coup, après qu’il a eu le temps de réfléchir et d’interroger sa femme, dirige son