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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/211

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ces entreprises, quelles sommes en a gardées notre pays ? M. Courtois estime que, sur les 6 milliards 773 millions de capital nominal auxquels elles s’élèvent, la part restée en France est de 2 milliards 300 millions. Il est vrai que ce capital nominal de près de 7 milliards pris sur notre épargne (fonds d’état et sociétés particulières) n’en représente pas 5 en capital effectif, dont le revenu réel n’est pas moindre de 285 millions ; mais c’est encore là un chiffre très respectable et qui montre combien dans les dernières années les habitudes françaises se sont modifiées. On a beaucoup accusé les hommes dont l’initiative a porté nos capitaux sur tous ces titres ; on a blâmé aussi le gouvernement d’avoir sur ce point laissé faire et laissé passer ; or il s’est trouvé, contre toute prévision, que les capitalistes ont été bien inspirés en faisant ces placemens ; ils s’en sont applaudis, surtout pendant la dernière crise. D’abord ils n’ont éprouvé aucun retard dans la perception de leur revenu, ce qui n’a pas été toujours le fait d’entreprises françaises, et plus d’une famille a dû aux coupons de chemins et de fonds étrangers les moyens de vivre quand elle a dû quitter son foyer menacé ou envahi. Ensuite le capital n’a pas été frappé par la baisse au même degré que sur nos propres titres ; la paix faite, un certain nombre de valeurs étrangères ont obtenu une plus-value qui nous a permis de nous en défaire et d’obtenir, sans frais de change et sans déplacement de monnaie, des remises considérables sur les places dont la Prusse par exemple acceptait volontiers le papier. La rente 5 pour 100 italienne surtout, dont une grande partie était restée en France, a été reprise par l’Italie avec un gros bénéfice pour nos vendeurs. On prétend même que le gouvernement français n’a pas été étranger aux opérations si utiles d’arbitrage qui consistaient à acheter en France, où l’on payait en billets de banque, des titres que l’on vendait au dehors pour de l’or ou du papier étranger, par conséquent sans frais de change.

Nous ne voudrions pas exagérer l’utilité de cette modification des habitudes du public ; mais dans les derniers événemens les intérêts privés et l’intérêt public en ont obtenu les plus sérieux avantages. Il ne faut donc ni décourager nos capitaux de ces placemens, ni détourner la spéculation étrangère de venir opérer sur nos diverses places. La législation récente sur les valeurs étrangères présente-t-elle à cet égard toute sécurité ?

En France, où le système des impôts semble reposer plutôt sur la facilité que sur l’équité dans la perception, lorsque les nécessités du budget le commandent, c’est à peu près exclusivement aux impôts indirects qu’on a recours pour augmenter les recettes. Ainsi en 1850, alors que les dépenses publiques commençaient de prendre des proportions qui n’ont fait que grandir, on a frappé