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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/135

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Paris en a tout l’honneur devant l’histoire. La convention aussi met la main dans le culte, dans les fêtes religieuses. Elle cherche pour cela un organe ; elle en trouve un dans le disciple de Rousseau, chef de secte presque autant que chef de parti, dans Robespierre, en pleine réaction alors contre l’hébertisme. En ce qui touche la question des fêtes publiques, nul document n’égale le rapport de Robespierre au nom du comité de salut public sur les relations des idées religieuses et morales avec les principes républicains (18 floréal an II). C’est en quelque sorte un résumé de la philosophie et de la politique des fêtes nationales. Y voir absolument la pensée de la convention, ne serait-ce pas aller trop loin ? Le rapport exprimait-il autre chose que les convictions ou les opinions de son auteur et du groupe qui reconnaissait en lui l’expression exacte de sa pensée ? Combien, dans la montagne, d’hommes qui n’admettaient pas ce spiritualisme à couleur religieuse ! Un de ses membres allait jusqu’à dire, servant d’écho à plus d’un de ses collègues : « Ce Robespierre a gâté tout avec son Etre suprême ! »

Ce rapport sur les fêtes nationales n’en est pas moins des plus dignes d’attention, indépendamment même de ce qui en fait la signification la plus sérieuse, cet appel d’une société livrée à l’anarchie politique et morale, qui sent le besoin d’en sortir, et qui cherche avec anxiété une base religieuse pour ses institutions renouvelées. Robespierre veut non-seulement une religion, il veut un culte, et il en développe les raisons. Il faut une religion parce qu’il n’y a pas d’autorité de l’homme contre l’homme. L’absence de toute sanction, de toute crainte, de toute espérance au-delà de la vie le livre à ses passions ou à ses semblables. Il faut un culte parce que, sans un exercice régulier et en commun du sentiment religieux, ce sentiment perd sa force. Ce culte ne se passera pas de fêtes, et même se mêlera plus ou moins aux fêtes nationales. Ce qui fait l’essence de ce curieux travail, où se montre clairement la pensée de l’homme, du dictateur qui songe peut-être à gouverner la France à l’ombre d’institutions régulières, c’est, même en matière de fêtes, l’intime mélange de l’élément civil et de l’élément religieux. Nulle fête désormais à laquelle l’idée religieuse ne doive s’associer en quelque mesure. Telle est la vraie portée de ce document. Ce n’est pas seulement la nécessité de fêtes religieuses qui s’y trouve proclamée ; à des degrés divers, le culte, du moins tel emblème, tel chant, tel accessoire, rappellera cette idée divine qui aura dans une religion civile son expression régulière et son organisation. Les mêmes pensées trouvaient dans Boissy d’Anglas un organe convaincu et non moins systématique. Son Essai sur les fêtes nationales n’en est que le développement, avec quelques scènes apprêtées qui font