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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/124

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style, n’auraient jamais osé lui refuser un titre aussi modeste que celui d’agréé. Avec un talent notoire, il était, pour ainsi dire, élu de droit, et, une fois agréé, il faisait partie du corps, sa carrière était faite. Trois ans plus tard, en 1783, toujours sans contestation possible, il devenait académicien ; que lui manquait-il ? Les dignités académiques. Il avait au-dessus de lui les trente chefs de la compagnie, les membres à titre d’office, les officiers, comme on disait alors ; il n’était ni ancien, ni professeur, ni adjoint à recteur, ni recteur à plus forte raison ; mais la patience lui était facile, il était académicien. Il jouissait des privilèges attachés à ce titre, il en avait le brevet… Tout en gardant son franc-parler sur les routines académiques, il respectait l’institution. Sûr de la gouverner un jour, il ne songeait pas à la détruire… »

Nous n’avons cité ce passage que parce qu’il appelle bien des réflexions. Il est si facile de crier à l’aristocratie, de citer telle ou telle anecdote qui prouve plus ou moins qu’il y avait des faveurs, des exclusions quelquefois peu justifiées ! Est-ce donc que nous ne reconnaissons pas ce qu’il y eut de tyrannique dans le gouvernement de cette académie sous Louis XIV ? Est-ce que nous contestons par exemple les différences profondes qui existent entre l’académie de 1648 et celle de 1664, tout à l’avantage de la première, avant les transformations que lui firent subir Le Brun et Colbert ? Nous inclinerions seulement à croire que le principe hiérarchique dans cette organisation représentative des beaux-arts avait du bon. C’est la cause qu’avait plaidée dès 1791, vainement bien entendu, un homme éminent, qui n’était pas académicien, M. Quatremère de Quincy. Dans ses Considérations sur les arts du dessin en France, suivies d’un plan d’académie ou d’école publique et d’un système d’encouragement, il prend en main la défense du principe hiérarchique, et qu’on remarque bien que ce n’est pas un partisan des routines et des abus ; il les signale, il les combat énergiquement. Il s’élève vivement par exemple contre la confusion de l’académie et de l’école, qui constitue les mêmes hommes professeurs et juges de leurs élèves ; mais M. Quatremère de Quincy tient à ce que les rangs soient conservés, les ambitions graduées, les espérances échelonnées, la voie ouverte pour récompenser les mérites les plus divers et les plus inégaux, — idée qu’exprime d’une manière très heureuse M. Vitet en disant à propos de l’ancienne académie et de la nouvelle, considérées dans leurs relations avec la masse des artistes : « C’était une armée qu’un corps académique ainsi divisé par grades plus ou moins galonnés ; l’académie actuelle au contraire est un état-major portant seul l’uniforme, pendant que le corps d’année est en habit bourgeois. » De telles observations ont une portée difficile à méconnaître. En ce qui touche la question du luxe public et des