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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/123

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critique littéraire, M. Vitet, a émis des doutes sur l’opportunité et les effets salutaires de la suppression qui la frappa. Il a fortement motivé ces doutes dans un volume ayant pour titre : L’Académie royale de peinture et de sculpture. Cette académie n’est guère mentionnée que pour être blâmée par les écrivains voués à l’admiration presque sans réserve de l’œuvre de la convention. Les argumens de M. Vitet n’en ont pas moins une grande valeur. Au fond, de quoi s’agit-il ? De savoir si les procédés centralisateurs employés par la convention, disons plus, si les principes auxquels elle a obéi ont été partout et toujours les meilleurs. L’unité et l’égalité sont de belles choses ; encore n’en faut-il pas abuser. « Ces anciennes associations, dit M. Vitet, bien que fondées sous Louis XIV, avaient une constitution plus libérale qu’on ne pense. Par la manière dont leurs statuts avaient été réglés, par le nombre illimité de leurs membres, par les élémens divers dont elles se composaient, par la multiplicité des degrés introduits dans leur hiérarchie, elles étaient aristocratiques seulement au sommet et presque démocratiques à la base. Elles n’avaient pour adversaires déclarés et irréconciliables que le menu peuple des artistes ; dans les rangs intermédiaires, elles avaient des soutiens, des cliens, des appuis naturels ; elles étaient la noblesse des beaux-arts, mais elles en étaient aussi le tiers-état. »

N’y a-t-il là qu’un rapprochement ingénieux ? Le détail de l’organisation, du mécanisme de cette académie ne permet pas de s’arrêter à un tel jugement. Cette constitution hiérarchique, cette différence de degrés franchis tantôt par l’élection, tantôt par l’ancienneté, cette circonstance particulière et importante du nombre limité seulement dans les rangs supérieurs et illimité dans les autres, M. Vitet les décrit avec une exactitude concluante. Il en relève les avantages, qu’il montre en outre par un exemple frappant, en supposant David vivant de nos jours. Figurons-nous donc ce grand peintre systématique, il est vrai, ayant de grands défauts, mais de bien grandes qualités, parti pour Rome, où il fait son temps réglementaire comme élève et comme pensionnaire, et rentrant à Paris trois ans après avec son tableau des Horaces. Entrera-t-il à l’Académie, cet artiste que la vogue porte aux nues ? Rien n’est moins certain. L’Académie peut être au complet, et, pendant dix ans, il peut se faire qu’elle y reste. Aujourd’hui, parmi les quatorze membres de la section de peinture, nous doutons qu’il s’en trouve un seul qui soit d’humeur à quitter ce monde pour faire place à David, même en supposant qu’il compte encore parmi eux quelque admirateur enthousiaste. En 1780 au contraire, la porte était ouverte, il n’y avait qu’à entrer. « Eût-il été cent fois plus novateur, dit M. Vitet, du moment qu’il avait fait ses preuves, les plus vieux, les plus encroûtés professeurs, les plus ennemis de son