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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/119

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pour la musique, c’est une fondation véritable, le Conservatoire. Il y a un degré de perfection qu’on n’obtient pas sans les encouragemens que permettent seules les libéralités publiques. La tradition est nécessaire à l’art et à l’enseignement de l’art bien plus que pour les travaux qui relèvent de l’utile. De tels établissemens, malgré les sacrifices et les divers inconvéniens qu’ils entraînent, ne sont-ils pas nécessaires dans nos grands états, dans nos sociétés démocratiques surtout, où le protectorat a cessé de s’exercer par une aristocratie riche et puissante ? La révolution fit pour l’art musical ce qu’elle accomplissait dans toutes les branches. Elle centralisa, elle mit l’état à la place des corporations, quand elle n’y mettait pas simplement l’individu. Elle supprima l’école de musique de la garde parisienne, l’école de chant et de déclamation, les écoles de musique attachées aux principales églises. Elle dota le nouvel établissement d’une somme de 240,000 francs, le chargea d’enseigner la musique à six cents élèves des deux sexes, nomma les professeurs, fixa les traitemens, et confia la surveillance de l’enseignement à plusieurs des compositeurs célèbres que nous avons cités en leur adjoignant Grétry.

Ainsi, dans cette sphère des beaux-arts, la révolution eut une action réelle. On retrouvé sa pensée empreinte dans la peinture, dans la sculpture, dans la musique du temps. Elle sut en faire des accessoires importans du luxe national. Elle laissa enfin des traces de son passage autrement que par des ruines. La même intervention se manifeste encore sous d’autres formes.


II

Suffît-il de regarder l’entretien de certains établissemens comme une branche de luxe national à laquelle l’état républicain ne peut pas plus rester indifférent que le régime monarchique ? N’y joindra-t-il pas aussi les encouragemens aux savans, aux écrivains, aux artistes ? La convention accepte et suit à cet égard les anciennes traditions. Elle ne se laissa point arrêter par le malheur des temps, ou plutôt elle en prit texte pour venir en aide aux hommes distingués qui ne pouvaient alors trouver dans l’exercice de leurs talens une ressource suffisante. Nous avons sous les yeux sa liste des bénéfices, comme on disait autrefois ; elle présente en assez grand nombre des noms qui ont mérité de survivre. On s’est plu à la comparer à celle des pensions littéraires sous Louis XIV. M. Despois, dans son livre sur le Vandalisme révolutionnaire, n’hésite même pas à donner hautement la préférence à la liste de la convention pour la valeur constante des choix et la proportion des secours avec la réputation,