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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/98

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brigandage a presque disparu. Enfin de quelque côté qu’on envisage la situation de l’Italie, elle apparaît pleine de promesses pour l’avenir. Et cependant les esprits les plus clairvoyans s’inquiètent là-bas ; ils nous disent que le mécanisme parlementaire ne fonctionne pas comme il faudrait, que le gouvernement est impuissant pour faire tout le bien qu’il voudrait, que la débilité du mécanisme parlementaire répand dans le pays un sourd mécontentement, et que, si quelque réforme sérieuse ne vient mettre les choses en meilleure voie, de sérieux dangers sont à craindre. L’éminent éditeur de l’Antologia nuova, M. Bonghi, et un économiste distingué, ancien ministre des finances, M. Scialoja, parlent d’une maladie grave qui atteint les sources intimes de la vie nationale. Enfin un écrivain aussi clairvoyant que modéré dans tous ses jugemens, M. S. Jacini, ancien ministre des travaux publics, jette un véritable cri d’alarme. « Notre pays, s’écrie-t-il, qu’aucun danger extérieur ne menace, et qui est doué d’une constitution si robuste, paraît atteint d’un mal profond qui a les caractères de la gangrène sénile. »

Maintenant, si l’on demande à ces écrivains, qui tous connaissent bien leur pays, quelle est la cause du mal, ils répondent qu’il provient de l’absence de partis politiques. Cette réponse étonne tout d’abord, car on croit généralement à l’étranger que l’Italie n’a que trop de partis. Ensuite jusqu’à présent on s’est toujours plaint partout des maux causés par les partis, et jamais on n’a exprimé le regret d’en manquer. Il s’agit ici d’un cas nouveau, et il mérite de fixer l’attention des publicistes qui étudient la théorie du régime parlementaire. À notre avis, le mal n’est pas particulier à l’Italie, il sévit encore dans d’autres pays, notamment en Espagne et en Portugal ; mais nous le trouvons si bien décrit par MM. Bonghi, Scialoja et Jacini, que nous croyons utile d’en faire connaître d’après eux les principaux symptômes.

Il n’existe pas, disent ces écrivains, de vrais partis politiques en Italie. Il n’y a que des coteries sans consistance, sans mot d’ordre, sans programme. Allez à une séance des chambres, et on vous parlera de la gauche, de la droite et du centre, vous apprendrez même qu’il y a un centre droit et un centre gauche ; mais ces noms ne signifient rien que la place où certains députés ont l’habitude de s’asseoir. Interrogez, tâchez de savoir ce qui distingue ou divise ces différens groupes de représentans, vous n’y parviendrez pas. Deux autres noms sont aussi souvent employés pour désigner deux partis qui souvent se disputent le pouvoir au sein du parlement, la permanente et la consorteria, La permanente est composée de députés piémontais qui jadis marchaient pour la plupart sous la bannière de Gavour. Depuis le transfert de la capitale de Turin à Florence, ils boudent, ils sont mécontens ; ils forment une opposition intrai-