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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/766

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province. La fin de la guerre civile lui laisse toutes ces questions de pacification, dont une des plus essentielles est assurément la dissolution définitive des gardes nationales, qui ne peut manquer d’être décrétée en attendant qu’une organisation nouvelle de l’armée supplée à cette incarnation traditionnelle de l’indiscipline et de l’anarchie en uniforme. Il s’agit encore de savoir ce qu’on fera de cette foule de dangereux séides de la commune sur lesquels les conseils de guerre vont prononcer, et qui semblent devoir être envoyés à la Nouvelle-Calédonie. Au milieu de ce travail qui commence, qui implique nécessairement un certain nombre de mesures transitoires, il y a deux choses qu’il faut évidemment aborder sans plus de retard, et la première est l’existence de cette association internationale sur laquelle M. le ministre des affaires étrangères vient d’appeler l’attention des puissances de l’Europe par une circulaire diplomatique. C’est à coup sûr avec une opportunité trop justifiée que M. Jules Favre fait le procès de cette association fondée sur la négation de tous les principes de l’ordre moral, organisée de façon à enrégimenter dans tous les pays des millions d’hommes que des chefs invisibles se réservent de conduire à l’assaut de toutes les sociétés. Comme pour donner raison à M. Jules Favre, les adhérens de l’Internationale viennent de prendre la parole un peu partout, en Belgique, en Angleterre, en Suisse, pour célébrer les œuvres de la commune de Paris, de sorte que la question est nettement posée entre les sociétés régulières de l’Europe, les gouvernemens réguliers et cette organisation dangereuse, dont c’est maintenant un devoir d’étudier les ressorts pour en neutraliser la redoutable puissance. Ce n’est pas seulement un problème économique, c’est un problème social, moral, qu’il faut désormais sonder jusque dans ses profondeurs. Ce qu’on fera dans les autres pays, nous ne le savons pas ; en France, il n’y a point à reculer. Cette formidable association, il faut la cerner de toutes parts, l’atteindre dans ses ramifications à l’étranger, dans son caractère clandestin, dans les ressources qu’elle se crée à la faveur de lois incomplètes ou assez peu prévoyantes. Qu’on ne s’y méprenne pas, c’est une œuvre immense à tenter et un avenir à sauvegarder.

Il y a aujourd’hui pour nous une question plus immédiate, c’est la question financière, qui n’est sous une autre forme que la question même de l’occupation étrangère, de la présence de l’ennemi dans nos campagnes, jusqu’aux portes de Paris. Pour enlever à l’ennemi tout prétexte de prolonger cette irritante occupation, il n’y a qu’un moyen : il faut que la France s’acquitte, qu’elle se mette en devoir de payer cette colossale indemnité qui lui a été imposée. Il faut, en d’autres termes, recourir au crédit sur une immense échelle, et, pour que le crédit réponde à notre appel, il faut lui offrir un gage, des sûretés, par notre sagesse d’abord, par nos finances ensuite. C’est là justement l’explica-