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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/759

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pas vu M. le prince de Joinville mettre son imagination à déjouer les obstacles qu’on opposait à son ardeur, porter son héroïsme anonyme dans les batailles d’Orléans ? n’a-t-on pas vu le jeune duc de Chartres se servir d’un faux nom pour pouvoir faire la campagne, et se dérober à l’éclat ; de ses actions des soldat comme d’autres se dérobent au péril ? Est-ce là le rôle de prétendais vulgaires dévorés de la passion de subtiliser à tout prix des couronnes ? Ce qu’il y a de frappant au contraire dans l’existence de ces princes, c’est que, même aux plus cruels momens, il n’y a pas l’ombre d’une pensée de conspiration ; ce n’est pas dans leur histoire qu’on trouve des Strasbourg et des Boulogne, moins encore des 2 décembre. Leur parole la plus récente, comme leur premier mot au lendemain de 1848, c’est un acte de soumission à la souveraineté nationale, qu’ils se déclarent prêts à servir. « Monarchie constitutionnelle ou république libérale, disait M. le duc d’Aumale à ses électeurs, c’est par la probité politique, la patience, l’esprit de concorde, l’abnégation, que l’on peut sauver, reconstituer, régénérer la France. » Voilà la vérités et dès que la question de l’élection des princes se posait ainsi, la solution ne pouvait être douteuse. Avez-vous donc en réserve tant de grands serviteurs du pays que vous puissiez vous passer de ceux-là ? Seulement, par un dernier scrupule, on aurait pu peut-être agir d’une autre façon ; on aurait pu abroger les mesures d’exil et invalider l’élection de février comme ayant été accomplie sous l’empire de la légalité exclusive qui existait encore, si tant est que quelque chose existât dans cette confusion de décrets dont on se faisait un triste jeu à ce moment. Le pays aurait fait le reste, une élection nouvelle eût certainement ramené les princes à l’assemblée, et cette fois il n’y aurait eu plus rien à dire : c’eût été la loi, rien que la loi.

Après cela, nous le savons bien, ce n’est point uniquement une question de légalité. Évidemment, à un point de vue général, M. Thiers sentait et pensait en homme d’état lorsqu’il faisait à la commission parlementaire chargée de proposer l’abrogation des lois d’exil et l’admission des princes d’Orléans la confidence de ses perplexités, lorsqu’il laissait entrevoir les conséquences possibles d’un acte d’équité, hardie par lequel les pouvoirs publics étaient exposés en certains cas à se trouver désarmés de leurs propres mains. C’est toujours une affaire grave dans un pays comme la France, en présence d’une institution de nécessité temporaire comme celle qui existe aujourd’hui, d’ouvrir les portes aux princes qui rappellent tous les régimes sous lesquels la nation a vécu. Ce qu’on fait pour les uns peut servir les ambitions des autres. On croit n’admettre que les princes d’Orléans, et on peut frayer la route au prince Napoléon, qui a déjà lancé son programme électoral. Le pays semble ainsi livré à toutes les prétentions et provoqué à faire un choix entre toute sorte de gouvernemens en expectative ; la foire aux