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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/757

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qu’une chose possible, efficace, c’est une politique de simplicité, de droiture, de résolution, sachant accepter les difficultés quand elles se présentent sans en créer de nouvelles, mesurant son action aux nécessités de chaque jour, et s’imposant particulièrement le devoir d’éviter des agitations artificielles qui ne serviraient qu’à tout obscurcir en déroutant l’opinion. C’est la seule bonne politique aujourd’hui, et peut-être, en s’y conformant sans arrière-pensée, aurait-on justement évité ce que nous ne voulons pas appeler une crise, mais ce qui a été pendant quelques jours un incident, l’occasion d’une sorte de tension parlementaire à Versailles. Quant à nous, il nous semble que, si on eût abordé simplement et franchement cette double question de l’abrogation des lois d’exil et de l’admission des princes d’Orléans dans l’assemblée, on serait arrivé plus vite et avec moins de peine à une solution qui eût été une victoire pour l’équité sans rien compromettre, en laissant intacte une situation qu’on ne pourrait changer sans péril.

De quoi s’agissait-il après tout ? L’assemblée, l’immense majorité de l’assemblée était manifestement disposée non-seulement à valider les élections de M. le duc d’Aumale et de M. le prince de Joinville, mais encore à abroger les lois d’exil qui ont frappé jusqu’ici les membres des anciennes familles régnantes : les deux mesures allaient nécessairement ensemble. De son côté, M. Thiers, avec son expérience des révolutions et des hommes, avec son habitude des mouvemens publics, M. Thiers n’était point sans hésitations, et se faisait un devoir de montrer le danger d’un acte qui pouvait agiter l’opinion en lui créant à lui-même des difficultés, en paraissant du moins altérer jusqu’à un certain degré les conditions dans lesquelles il avait pris les affaires. Est-ce à dire que le débat fut engagé entre l’assemblée, voulant faire un premier pas vers la monarchie par l’admission des princes, et M. Thiers, défendant la république, s’efforçant de la mettre à l’abri des compétitions princières ? C’est là précisément qu’il y a une véritable confusion d’arrière-pensées, c’est là que l’esprit de parti est venu tout obscurcir de ses préjugés et de ses réticences. Que ce fût une question de république ou de monarchie pour quelques membres de la droite ou pour une certaine partie de la gauche, c’est possible. Au fond, pour la masse de l’assemblée, c’était un acte de libéralisme et d’équité d’autant plus simple, d’autant plus naturel que, par une coïncidence bizarre, par un hasard de légalité, les peines de l’exil encore en vigueur n’atteignaient que les princes de la maison de Bourbon, tant que les princes de la famille Bonaparte, les derniers déchus, n’étant sous le coup d’aucune loi de proscription, restaient seuls libres de rentrer en France et même de sollicité la députation. De deux choses l’une : ou il fallait abroger toutes les lois d’exil, ou il fallait étendre le bannissement légal à ceux qui n’ont jusqu’ici contre eux que l’arrêt foudroyant de déchéance prononcé, il y a trois