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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/749

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Le merveilleux de toutes ces histoires vraies tient à l’ignorance où nous sommes pour la plupart des notions biologiques les pus élémentaires ; on les néglige beaucoup trop dans l’éducation. Il est temps quelles se répandent par des livrée comme ceux qui ont vulgarisé depuis quelques années les récentes conquêtes de la physique, de l’astronomie, de l’histoire naturelle. L’Angleterre par ce côté est plus avancée que nous, et tout récemment un de ses savans les plus distingués, M. Hunley, n’a pas dédaigné d’écrire un petit traité de physiologie à l’usage des gens du monde, et il ne manque pas de consacrer tout un chapitre à cette question des perceptions provoquées et des perceptions automatiques ; il raconte même à cette occasion l’histoire d’une dame instruite, très courageuse et fréquemment exposée à des perceptions spontanées fort singulières, qu’elle était cependant arrivée â dominer. Plusieurs fois, elle crut voir, elle vit réellement son mari devant elle alors qu’elle le savait loin. Elle le voyait si bien, que le fantôme cachait les meubles du salon en passant devant eux. Et, ajouté M. Hunley, sans le Courage exceptionnel et l’intelligence lucide de cette dame, qui raisonnait ensuite et se persuadait de son erreur, quel beau thème à l’histoire de revenans du genre le plus parfaitement authentique ! La conclusion que tire le savant anglais de cas faits biologiques intéresse au plus haut point le moraliste : ils démontrent que l’affirmation la plus positive du plus irréprochable témoin peut être tout à fait insuffisante pour établir la réalité d’une chose que ce témoin déclare avoir vue, entendue ou touchée.

Les organes de nos sens ne nous donnent qu’une traduction plus ou moins exacte du monde qui nous enveloppe. Nos centres perceptifs en peuvent spontanément évoquer un autre tout imaginaire : c’est au milieu de cet océan d’erreurs que se débat l’esprit humain.


VI.

Les astronomes s’étaient aperçus depuis longtemps déjà qu’une même sensation lumineuse, frappant l’œil de deux observateurs, n’est pas saisie par tous deux juste au même moment. Ils observent le moment où un satellite va disparaître derrière Jupiter ; quelque soin qu’ils y apportent, ils ne pointeront pas le contact au même instant précis, et, s’ils recommencent, l’écart entre leurs observations restera le même : un des deux astronomes retardera toujours, quoi qu’il fasse, ou avancera sur l’autre à peu près de la même fraction de seconde. Comme il n’était pas possible de supposer que le rayon lumineux mît un temps diffèrent pour traverser la lunette du l’œil de chaque observateur, force fut de reporter à des différences